
Le jour où la rue a défié l’État
Les violences ayant émaillé le sit-in de la Coalition 64 (C64), vendredi 12 juin à Kinshasa, continuent de secouer la scène politique congolaise. Dans un communiqué publié le lendemain, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD), principale composante du Front Commun pour le Congo (FCC), a dénoncé un « usage disproportionné de la force publique » et réclamé l’ouverture d’une enquête indépendante sur les incidents survenus autour du Palais du Peuple.
Les blessures du débat
Selon le parti de Joseph Kabila, cette mobilisation visait uniquement la défense de la Constitution de 2006, de la démocratie et de l’alternance politique. Le PPRD affirme que plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, ont été blessées lors des affrontements.
Le parti évoque également des tirs présumés à balles réelles et déplore des pertes en vies humaines signalées au siège de l’ECiDé. « La répression d’une mobilisation pacifique constitue une atteinte grave à l’exercice des droits démocratiques des citoyens », soutient-il.
L’ombre derrière les uniformes
Le communiqué pointe aussi l’implication présumée de personnes se réclamant des « Forces du Progrès ». Pour le PPRD, de tels actes représenteraient « une grave atteinte aux libertés publiques garanties par la Constitution ».
Au-delà des accusations, une question émerge : celle de la légitimité de la force dans une démocratie. Comme l’écrivait Max Weber, « l’État revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime ». Encore faut-il que cette légitimité demeure incontestable.
La vérité comme rempart
Dans un contexte marqué par les tensions autour de la proposition de loi sur le référendum, l’exigence d’une enquête indépendante prend une dimension nationale. Elle touche à la confiance entre citoyens et institutions.
« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir », rappelait Montesquieu. Cette maxime résonne aujourd’hui comme un appel à la transparence. Car au-delà des affrontements, c’est la crédibilité de l’État de droit qui se joue. Et comme l’écrivait Albert Camus, « un pays vaut souvent ce que vaut sa justice ». Une vérité qui, à Kinshasa, résonne avec une intensité particulière.
Didier BOFATSHI
