
À l’occasion de la commémoration du 1er août 2026, journée traditionnellement consacrée au recueillement dans les cimetières en République démocratique du Congo, Valérien Mudoy, administrateur funéraire de l’Entreprise des travaux, équipements et cimetières (ETEC), revient sur la portée de cette date, les défis liés à la conservation du patrimoine funéraire, les rumeurs concernant un prétendu manque d’espace et la responsabilité des familles comme des médias.
Question : Nous sommes le 1er août 2026. Quelle est la signification de cette journée ?
Valérien MUDOY, administrateur funéraire de l’ETEC : Avant de répondre, je vais vous poser une question : où sommes-nous ? Beaucoup oublient l’endroit où ils se trouvent. Nous sommes à la Nécropole, un patrimoine mémoriel commun. C’est un lieu de mémoire qui mérite le respect.
Le respect dû aux morts fait partie de nos valeurs. Les personnes qui reposent ici ont, de leur vivant, rendu d’immenses services à la nation. Nous avons donc le devoir moral de préserver leur mémoire et leurs sépultures.
Il a fallu plus de trois ans pour concevoir le plan d’aménagement de ce site. Les premières inhumations remontent à quinze ans, alors que la Nécropole existe depuis dix-huit ans. Depuis, les familles reviennent régulièrement s’y recueillir. Il peut arriver que certaines signalent un numéro manquant ou une difficulté d’identification, mais aucune sépulture ne disparaît ni ne se déplace. Chaque tombe est conservée dans le respect du plan d’aménagement.
Notre ambition est de transmettre aux générations futures un patrimoine exemplaire. C’est pourquoi nous invitons les familles à ne pas venir uniquement le 1er août. Venez tout au long de l’année. Venez vous recueillir, entretenez les tombes de vos proches. Notre mission est de conserver ce patrimoine, mais sa préservation est aussi une responsabilité collective.
Question : Certains affirment que la Nécropole manque désormais d’espace. Que leur répondez-vous ?
Valérien MUDOY, administrateur funéraire de l’ETEC : Ce problème n’existe pas. Ceux qui tiennent ce discours sont-ils seulement venus constater la réalité sur place ? Beaucoup se contentent d’écouter les réseaux sociaux ou les rumeurs de la rue sans jamais venir chercher l’information à la source.
Regardez derrière moi : toute cette partie constitue l’extension de la Nécropole. Même si certains secteurs sont proches de la saturation, la Nécropole II dispose encore d’importantes réserves d’espace. Il ne faut donc pas alimenter des informations qui ne correspondent pas à la réalité.
J’adresse également un reproche aux journalistes. Je ne les vois presque jamais venir dans nos bureaux, au cours de l’année, pour vérifier une information. Beaucoup préfèrent relayer les rumeurs plutôt que les faits. C’est ainsi que naissent les fausses informations.
Question : La Nécropole est souvent citée comme un modèle d’aménagement funéraire. Quel regard portez-vous sur cette reconnaissance ?
Valérien MUDOY, administrateur funéraire de l’ETEC : Nous sommes heureux que d’autres construisent des cimetières répondant à des normes modernes. C’est une bonne chose pour le pays.
En revanche, chacun devrait respecter l’identité de son œuvre. Que chacun réalise son propre projet, mais sans reprendre le nom de la Nécropole. Cette appellation est protégée par un certificat délivré par le ministère de l’Industrie. Malheureusement, le respect des textes demeure un défi.
Si d’autres réussissent à faire encore mieux que nous, nous ne pouvons que nous en réjouir. Notre plus grande satisfaction est d’avoir contribué à changer le regard porté sur les cimetières.
Contrairement aux idées reçues, un cimetière n’est pas un lieu de fantômes. Les fantômes existent surtout dans l’imaginaire des hommes. Je peux rester ici jusqu’à minuit sans rencontrer quoi que ce soit. Pourtant, si je dis que j’y suis resté jusqu’à minuit, certains affirmeront immédiatement que je parle avec les morts.
Question : Après plus de quinze ans passés à conserver ce patrimoine mémoriel, quel message souhaitez-vous transmettre ?
Valérien MUDOY, administrateur funéraire de l’ETEC : Ce lieu m’inspire avant tout la quiétude. Les morts ne dérangent personne. Ce sont souvent les vivants qui troublent leur repos.
Depuis plus de quinze ans, nous demandons aux visiteurs de ne pas entrer avec des bouteilles en plastique. Malgré ces consignes, beaucoup les abandonnent dans les allées du cimetière, dégradant ainsi un patrimoine que nous avons la responsabilité de transmettre intact aux générations futures.
Le respect d’un cimetière ne se limite pas à une visite le 1er août. Il s’exprime chaque jour par le recueillement, l’entretien des sépultures et le souci de préserver un lieu qui appartient à toute la nation.
Didier BOFATSHI

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