Deux puissances face à face
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio doit rencontrer mercredi 22 juillet son homologue chinois Wang Yi en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), à Manille, aux Philippines. Cette rencontre intervient dans un climat de fortes tensions entre Washington et Pékin, marqué par les différends en mer de Chine méridionale et les accusations américaines d’ingérences chinoises dans les affaires politiques des États-Unis.
Selon les informations rapportées par RFI, cette entrevue constitue l’un des principaux rendez-vous diplomatiques de la réunion de l’Asean, alors que les relations sino-américaines traversent une nouvelle phase de crispation.
Manille, théâtre du grand jeu asiatique
Au-delà de la rencontre bilatérale, le choix de Manille n’est pas anodin. Les Philippines se trouvent au cœur des rivalités stratégiques en Asie-Pacifique en raison de leurs différends territoriaux avec la Chine en mer de Chine méridionale et de leur alliance historique avec Washington.
Depuis plusieurs mois, les États-Unis multiplient les critiques contre ce qu’ils qualifient d’actions coercitives de Pékin dans les espaces maritimes disputés. De son côté, la Chine accuse régulièrement Washington d’alimenter les tensions régionales par son soutien militaire et diplomatique aux États riverains.
Ainsi, cette rencontre entre Marco Rubio et Wang Yi se déroule dans un contexte où l’Asean apparaît plus que jamais comme une plateforme de dialogue, mais aussi comme un espace de compétition entre les grandes puissances.
Le paradoxe de la rivalité et du dialogue
La diplomatie internationale enseigne qu’un dialogue est souvent maintenu précisément lorsque les tensions atteignent un niveau critique. La rencontre de Manille illustre cette logique.
Comme l’écrivait le diplomate américain Henry Kissinger, « la diplomatie consiste à ajuster les différences par la négociation plutôt que par la force ». Même au plus fort de leurs désaccords, les grandes puissances cherchent généralement à préserver des canaux de communication afin d’éviter les erreurs de calcul stratégiques.
Les accusations du président Donald Trump concernant de supposées ingérences chinoises dans les élections américaines ont néanmoins ajouté une nouvelle dimension à cette rivalité. Désormais, les tensions ne se limitent plus aux questions commerciales ou sécuritaires ; elles touchent également aux enjeux de souveraineté politique et de confiance mutuelle.
L’Asean entre équilibre et pressions
Pour les pays de l’Asean, cette rencontre représente également un test diplomatique. L’organisation régionale tente depuis plusieurs années de préserver son principe de neutralité tout en évitant d’être entraînée dans une logique de blocs.
Cependant, la montée des rivalités sino-américaines réduit progressivement les marges de manœuvre des États d’Asie du Sud-Est, dont plusieurs entretiennent simultanément des liens économiques étroits avec la Chine et des partenariats sécuritaires avec les États-Unis.
Comme le soulignait le politologue Joseph Nye, le pouvoir international repose autant sur l’attraction et l’influence que sur la coercition. À Manille, Washington et Pékin chercheront donc aussi à convaincre les pays de la région de la pertinence de leurs visions respectives de l’ordre asiatique.
Une rencontre aux enjeux mondiaux
Si aucune avancée majeure n’est attendue à l’issue de cette entrevue, le simple fait que Marco Rubio et Wang Yi acceptent de se rencontrer constitue déjà un signal diplomatique important.
Cette rencontre pourrait permettre de réduire certaines incompréhensions, de maintenir des mécanismes de gestion de crise et de préparer d’éventuels échanges futurs entre les deux puissances.
Car, au-delà des déclarations publiques et des rivalités stratégiques, Washington et Pékin restent condamnés à dialoguer. Comme l’écrivait Raymond Aron, Raymond Aron, « la paix impossible, la guerre improbable » demeure souvent la condition des relations entre grandes puissances.
À Manille, sous les lustres feutrés de la diplomatie asiatique, les deux géants tenteront ainsi de préserver un fil de dialogue devenu aussi fragile qu’indispensable.
Didier BOFATSHi

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