Lacs Albert et Édouard : Pêcheurs congolais entre violence, extorsion et silence d’État, la tension frontalière relancée

Les eaux de la discorde

Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, les lacs Albert et Édouard redeviennent un foyer de tensions politiques et sécuritaires. Dimanche 24 mai 2026, le député national Robert Agenong’A a interpellé le Gouvernement sur une situation qu’il qualifie de critique : violences, arrestations et extorsions visant les pêcheurs congolais opérant dans ces espaces frontaliers. Selon l’information consultée sur 7 sur 7.cd par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, la question d’actualité adressée à la Première ministre met en lumière un conflit ancien, mais toujours non résolu.

Le lac comme zone de fracture

Au-delà des eaux calmes, c’est une frontière vive qui s’exprime. Le parlementaire évoque des cas de tirs à balles réelles, de noyades et de disparitions attribuées à des unités ougandaises opérant sur le lac Albert. Il accuse également certaines forces congolaises de pratiques d’extorsion systématique contre les pêcheurs, avec des prélèvements informels quotidiens et des amendes jugées exorbitantes.

Dans ces zones de pêche, l’économie de survie se heurte à une gouvernance fragmentée. Le lac devient à la fois ressource vitale et espace de vulnérabilité.

Entre coopération régionale et échec de gouvernance

Le député remet également en cause la mise en œuvre du projet LEAF II, financé par la Banque africaine de développement, censé renforcer la gestion durable des ressources halieutiques et la coopération régionale. Selon ses constats, plusieurs infrastructures et mécanismes de gestion n’auraient pas été pleinement exécutés côté congolais, fragilisant davantage les communautés riveraines.

« Là où la règle est faible, la force devient loi », écrivait Thomas Hobbes. Une lecture qui semble trouver écho dans ces espaces lacustres où la régulation institutionnelle peine à s’imposer face aux logiques de contrôle armé et d’intérêts économiques informels.

Les pêcheurs, ligne de front invisible

Derrière les chiffres et les accusations, se dessine une réalité humaine : celle de communautés dépendantes de la pêche, exposées aux arrestations, aux pertes matérielles et à l’insécurité permanente. Kolokoto, Kasenyi, Agudi ou encore Aruko deviennent les points d’ancrage d’une économie fragilisée par la peur.

Les paiements informels dénoncés, parfois exigés quotidiennement, traduisent une forme de fiscalité parallèle qui échappe au contrôle de l’État et pèse lourdement sur les ménages riverains.

Une urgence politique et diplomatique

Face à cette situation, le député appelle à des clarifications sur les accords de cogestion avec l’Ouganda, les rapports des patrouilles conjointes et les mécanismes de protection des pêcheurs. Il exige également des chiffres précis sur les victimes et les détenus, ainsi qu’une réponse diplomatique renforcée avec Kampala.

« La souveraineté ne se mesure pas seulement aux frontières, mais à la capacité de protéger ses citoyens », écrivait un principe classique du droit international public. Dans les eaux du lac Albert et du lac Édouard, cette souveraineté reste aujourd’hui en quête d’effectivité, tandis que les pêcheurs continuent de naviguer entre survie et incertitude.

Didier BOFATSHI
Jésus-Christ t’aime

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