
Dans la province du Kasaï-Central, l’Université de Kananga (UNIKAN) se prépare à l’occupation définitive de ses nouveaux auditoires, inaugurés le 28 janvier par le président Félix Tshisekedi. Selon le comité de gestion, une commission du ministère de l’Enseignement supérieur est attendue entre le 20 et le 30 avril pour officialiser la remise des clés. Dans un climat de rumeurs de blocage démenties par les autorités académiques, l’institution affirme entrer dans une nouvelle phase de son développement.
Le campus de la promesse
Le nouveau site universitaire cristallise un récit politique et symbolique. Pour les autorités, il incarne une modernisation annoncée et revendiquée. Le recteur intérimaire, le professeur Renatus Bakebge Kankonde, insiste sur les démarches administratives finalisées à Kinshasa pour rendre possible l’occupation effective des bâtiments. Derrière les murs neufs, c’est l’idée d’un avenir académique reconfiguré qui se dessine.
L’État bâtisseur et le récit du progrès
Le comité de gestion salue une infrastructure qualifiée de « conforme aux normes ». Dans cette rhétorique, l’université devient vitrine d’une ambition nationale portée par le chef de l’État. Comme l’a déclaré un responsable académique, le projet s’inscrit dans la vision d’un pays en transformation, parfois résumée par la formule présidentielle : faire du pays « l’Allemagne de demain ». Une projection qui dépasse le simple cadre éducatif pour toucher au registre du récit politique.
Entre rumeur et légitimation
Les autorités universitaires dénoncent des « intoxications » visant à créer des tensions avec la communauté estudiantine. Le secrétaire général administratif appelle au calme et à la patience, insistant sur la prochaine ouverture effective des infrastructures. Ce jeu de communication illustre une dynamique classique des institutions publiques : contrôler le récit pour stabiliser l’attente.
L’attente comme transition
Entre inauguration et occupation réelle, l’université vit une phase d’entre-deux. Ce temps suspendu révèle une réalité fréquente dans les infrastructures publiques : la transition entre l’annonce politique et l’effectivité fonctionnelle. Ici, le campus existe déjà dans le discours, mais se matérialise encore progressivement dans les usages.
À Kananga, l’université se construit autant dans la pierre que dans les récits qui l’entourent. Entre promesse d’excellence et gestion des perceptions, l’enjeu dépasse les auditoires : il touche à la crédibilité du projet éducatif.
Car comme le résumait Amartya Sen, « le développement est un processus d’expansion des libertés réelles ». Et ici, ces libertés commencent aussi par la capacité d’étudier dans des espaces enfin pleinement ouverts.
Didier BOFATSHI
RTNC / VFI7, voltefaceinfos7.com