Kinshasa, mardi 21 avril 2026. À l’issue d’un échange stratégique avec les opérateurs du secteur pétrolier, la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, a annoncé une initiative visant la réactivation des capacités de stockage et de distribution dans le Grand Équateur.
Au cœur du projet : la réouverture des sites pétroliers de Businga (Nord-Ubangi) et Akula (Sud-Ubangi), deux infrastructures à l’arrêt depuis plus de vingt ans. L’annonce intervient dans un contexte de volonté gouvernementale affichée de moderniser la chaîne logistique nationale des hydrocarbures et de désenclaver les régions intérieures du pays.
Une relance stratégique discutée avec les opérateurs pétroliers
La ministre a tenu ces échanges avec les responsables de SEP CONGO et de COBIL, deux acteurs majeurs du secteur de l’importation, du stockage et de la distribution des produits pétroliers en République démocratique du Congo.
Dans une approche présentée comme structurante, elle a réaffirmé la détermination de l’État à renforcer les infrastructures énergétiques nationales afin d’améliorer l’approvisionnement des zones éloignées.
“Restaurer les capacités logistiques nationales”
Du côté des opérateurs, l’annonce est accueillie comme une opportunité de redynamisation du secteur. Pour Malick Ndiaye, directeur général de SEP CONGO : cet engagement gouvernemental est essentiel pour restaurer les capacités logistiques dans cette partie du pays. Dans la même logique, Olivier Okunda, directeur général adjoint de COBIL, souligne : cette initiative permettra à l’ensemble des sociétés pétrolières de mieux acheminer les produits vers l’intérieur du pays.
Ces positions traduisent un consensus technique autour de la nécessité de renforcer les infrastructures de stockage dans le Grand Équateur, région historiquement dépendante des flux logistiques irréguliers.
Businga et Akula : deux sites entre mémoire industrielle et abandon
Les sites de Businga et Akula incarnent à la fois un potentiel énergétique stratégique et une réalité d’abandon prolongé.
Selon les opérateurs locaux, le dépôt de Businga est aujourd’hui décrit comme une friche industrielle, marquée par des années d’inactivité et de dégradation. Akula, de son côté, souffre des mêmes contraintes structurelles, notamment en matière d’accès et d’entretien.
Le frein structurel des infrastructures routières
Malgré l’ambition affichée, plusieurs obstacles majeurs persistent. Les acteurs économiques locaux rappellent notamment un précédent non concrétisé : en 2019, une promesse similaire de réhabilitation du site de Businga n’avait jamais été suivie d’effets.
Le principal frein reste l’enclavement du Grand Équateur. Les routes dégradées compliquent fortement l’acheminement des produits pétroliers, limitant la viabilité économique des infrastructures existantes.
Une relance dépendante de la logistique nationale
Au-delà de la réhabilitation des sites, les experts du secteur estiment que la réussite du projet dépendra d’un facteur clé : la capacité de l’État à améliorer l’accessibilité routière et la chaîne logistique dans son ensemble.
Sans cette condition, la modernisation des dépôts pétroliers pourrait rester partielle, voire symbolique.
L’énergie comme promesse sous condition
La relance annoncée des sites pétroliers de Businga et Akula s’inscrit dans une stratégie plus large de réorganisation du secteur énergétique national.
Comme le soulignait Amartya Sen, « le développement est la liberté réelle dont disposent les individus ». Une liberté qui, dans le cas du Grand Équateur, dépend autant des infrastructures énergétiques que des routes qui les relient au reste du pays.
Et dans cette équation, une réalité demeure centrale : sans désenclavement logistique, l’ambition pétrolière risque de rester une promesse suspendue entre le sous-sol et la route.
DBE
