Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, mercredi 22 avril 2026. En mission dans la région depuis le 21 avril, le représentant spécial de la MONUSCO, James Swan, a poursuivi ses échanges avec les acteurs locaux autour des dynamiques de stabilisation et de cohésion sociale dans une province longtemps marquée par les violences armées. Lors d’une rencontre organisée ce mercredi, des représentants d’organisations féminines et de la jeunesse ont plaidé pour un renforcement de l’appui onusien aux initiatives locales de paix.
Les femmes en première ligne de la cohésion sociale
Le Collectif des femmes de l’Ituri a mis en avant les résultats déjà visibles des programmes de dialogue communautaire. Sa présidente, Elisabeth Buve, a souligné : « Nous sollicitons de renforcer l’appui au dialogue de proximité à Djugu et de soutenir les organisations féminines dans la cohésion sociale et l’autonomisation. »
Selon ces organisations, certaines zones enregistrent déjà des avancées concrètes, notamment la reprise progressive des relations entre communautés auparavant divisées. Le collectif cite notamment les localités de Bedu Ezekere et Mandro, où les contacts sociaux avaient été interrompus pendant près de cinq ans avant de reprendre progressivement grâce aux mécanismes de médiation locale.
Une jeunesse en rupture progressive avec les groupes armés
Du côté des jeunes, le constat est également marqué par une évolution des comportements. Les organisations de jeunesse affirment observer une diminution de l’adhésion aux groupes armés, soutenue par des campagnes de sensibilisation et des programmes de réinsertion.
Elles soulignent que plusieurs jeunes ont quitté des milices pour intégrer le programme PDDRCS (Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation), présenté comme un outil clé de réintégration sociale. Les représentants de la jeunesse ont toutefois insisté sur la nécessité d’un soutien accru pour la mise en œuvre du plan d’action provincial lié à la résolution 2250 du Conseil de sécurité de l’ONU, consacrée à la jeunesse, la paix et la sécurité.
La protection des enfants au cœur des préoccupations
Le Parlement d’enfants de l’Ituri a également pris part aux échanges, en appelant à une action plus déterminée contre les groupes armés encore actifs dans certaines zones de la province. Ses représentants ont estimé que l’éradication des groupes armés constitue une condition essentielle pour garantir la protection effective des droits des enfants, particulièrement dans les zones rurales encore instables.
La MONUSCO promet une adaptation de son appui
En réponse aux différentes interventions, James Swan a salué l’implication des acteurs locaux dans les processus de stabilisation. Il a assuré que : ces échanges permettront à la MONUSCO d’ajuster son accompagnement en fonction des réalités et des besoins exprimés sur le terrain.
Une déclaration qui s’inscrit dans une approche de plus en plus centrée sur les initiatives communautaires, où les populations locales deviennent des acteurs directs des dynamiques de paix.
Une paix encore fragile mais en construction
Au-delà des plaidoyers, cette rencontre met en lumière une évolution progressive des stratégies de stabilisation en Ituri : passage d’une logique strictement sécuritaire à une approche plus inclusive, intégrant femmes, jeunes et enfants dans la prévention des conflits.
La paix comme construction locale
Dans une province encore marquée par les violences passées, l’Ituri tente de reconstruire ses équilibres sociaux à partir des communautés elles-mêmes.Comme le rappelait Kofi Annan, « la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais la présence de justice, de droit et d’opportunités ». Une définition qui résonne particulièrement dans les initiatives portées à Bunia.
Et dans cette dynamique fragile mais réelle, une certitude s’impose : la stabilisation de l’Ituri ne pourra se consolider qu’à travers une alliance durable entre institutions internationales et forces sociales locales.
DBE
Okapi / VFI7
