Équateur, lundi 20 avril 2026, siège de l’Assemblée provinciale à Mbandaka. Les députés provinciaux ont procédé à l’élection d’un nouveau président de l’organe délibérant. Clovis Elongama succède ainsi à Delssy Mata, dans un climat politique déjà marqué par une crise institutionnelle entre l’Assemblée provinciale et l’exécutif provincial.
Cette élection intervient dans un contexte de forte instabilité, alors que plusieurs dossiers sensibles, dont des poursuites judiciaires visant le gouverneur provincial, étaient encore en cours d’examen.
Une vacance institutionnelle au cœur du processus électif
Selon les éléments recueillis, le président sortant de l’Assemblée provinciale, Delssy Mata, avait été convoqué à Kinshasa par le ministère de l’Intérieur dans le cadre de la gestion de la crise institutionnelle. Son absence a ouvert la voie à une plénière au cours de laquelle les députés provinciaux ont désigné un nouveau président, sans que la question des poursuites judiciaires contre le gouverneur ne soit tranchée.
La société civile dénonce un détournement de priorité
La décision des élus provinciaux a immédiatement suscité de vives réactions au sein de la société civile de l’Équateur. Son président, Fabien Munguza, a dénoncé une dérive politique : « On ne peut pas comprendre comment des élus peuvent être manipulés par une personne élue au second degré. »
Il ajoute : « Le gouverneur est présumé innocent et aurait dû aller présenter ses moyens de défense. » Pour la société civile, cette élection traduit un déplacement de l’agenda institutionnel, où les enjeux judiciaires et de gouvernance auraient été éclipsés par des considérations politiques.
Un débat autour de la séparation des pouvoirs locaux
Au centre des critiques, une interrogation institutionnelle : les députés provinciaux ont-ils respecté leur mission de contrôle de l’exécutif ? Pour les acteurs de la société civile, la priorité aurait dû être donnée à l’examen de la levée d’immunité et des poursuites visant le gouverneur, plutôt qu’à la recomposition du bureau de l’Assemblée.
Dans cette lecture, l’élection de Clovis Elongama apparaît comme un acte politique intervenu dans un moment juridiquement sensible.
L’exécutif provincial se défend
Face aux accusations, le camp du gouverneur rejette toute implication dans le déroulement des événements à l’Assemblée provinciale. Le conseiller en communication du gouverneur, Jimmy Mopongo, a déclaré :
« Le gouverneur Bobo Boloko Bolumbu n’est ni de près ni de loin concerné par ce qui s’est passé à l’Assemblée provinciale de l’Équateur. » Cette prise de position vise à dissocier l’exécutif provincial des tensions institutionnelles actuelles.
Une province sous tension politique persistante
Au-delà du seul changement de présidence, cette séquence met en lumière une fragilité plus large : celle du fonctionnement institutionnel provincial dans un contexte de rivalités politiques et de procédures judiciaires sensibles.
L’équilibre institutionnel en question
Dans la province de l’Équateur, l’élection du nouveau président de l’Assemblée provinciale ouvre une nouvelle phase politique, mais ne referme pas les tensions existantes.
Comme le rappelait Montesquieu, « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Une maxime qui éclaire ici les débats autour du rôle des institutions locales dans un contexte de forte politisation.
Et dans cette recomposition institutionnelle, une certitude s’impose : la stabilité provinciale dépend désormais autant des équilibres politiques que du respect strict des procédures démocratiques.
DBE
