EXETAT 2026 : à Walikale, les élèves composent entre les balles et l’exil

Les cahiers dans la guerre

Walikale. Dans l’Est tourmenté de la République démocratique du Congo, des centaines d’élèves finalistes ont ouvert lundi 4 mai les épreuves préliminaires de l’Examen d’État avec, pour bruit de fond, les détonations des armes et les chemins de l’exode. À Walikale, au Nord-Kivu, plusieurs candidats composent dans un climat d’insécurité extrême, entre déplacements forcés, attaques armées et traumatismes psychologiques, selon des sources locales.

Certains élèves auraient été pris dans des embuscades sur les routes menant aux centres d’examen. D’autres affirment avoir été contraints par des hommes armés de transporter des effets militaires avant de rejoindre leurs salles de composition. Dans cette région déchirée par les violences, l’EXETAT ne ressemble plus à une simple épreuve scolaire. Il devient un face-à-face brutal entre l’école et la guerre.

Les pupitres de l’exil

Le week-end dernier, les affrontements dans le groupement de Ziralo, au Sud-Kivu, ont provoqué de nouveaux déplacements de populations après la reprise de la localité de Tushunguti par les rebelles de l’AFC/M23. Conséquence immédiate : l’unique centre d’examen de la zone a été déplacé en urgence vers Biriko, en territoire de Walikale, à plus de dix kilomètres.

Pour de nombreux finalistes, l’épreuve commence désormais bien avant l’ouverture des copies. Certains arrivent après des heures de marche. D’autres fuient avec leurs familles, sans logement stable, sans nourriture suffisante, parfois sans uniforme ni matériel scolaire. Des élèves venus de Sake et de Goma racontent avoir transporté des effets militaires entre Ngungu et Ziralo avant d’atteindre les centres d’examen. L’école se transforme alors en territoire de survie.

Le philosophe Hannah Arendt écrivait : « L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer la responsabilité. » À Walikale, cette responsabilité semble aujourd’hui reposer sur des adolescents contraints d’apprendre au milieu du fracas des conflits.

Les copies du traumatisme

Samedi encore, un groupe de candidats originaires de Waloa Yungu a été attaqué à Machumbi, dans le groupement de Luberike. Selon des témoignages locaux, des hommes armés non identifiés les ont dépouillés de leurs biens avant leur arrivée au centre de Kashebere.

Beaucoup ont commencé les épreuves dans un état de choc profond. Le silence des salles d’examen contraste avec les blessures invisibles que portent ces élèves. Derrière chaque copie rédigée se cachent des nuits de fuite, des villages abandonnés et des familles dispersées.

Le psychiatre et penseur martiniquais Frantz Fanon rappelait : « Chaque génération doit découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. » Mais comment une génération peut-elle construire son avenir lorsque l’école elle-même devient un prolongement du conflit ?

L’école contre les armes

Malgré tout, les finalistes continuent de composer. Cette persistance donne à l’EXETAT une dimension presque symbolique dans l’Est congolais : celle d’une jeunesse qui refuse de laisser la guerre lui confisquer l’avenir.

Car dans les zones de conflit, aller à l’école devient parfois un acte de résistance civile. Les autorités éducatives congolaises avaient déjà insisté sur la nécessité de garantir l’accès aux examens aux élèves vivant dans les régions affectées par les violences. Mais la réalité du terrain expose brutalement les limites d’un système éducatif confronté à l’effondrement sécuritaire.

L’écrivain Victor Hugo écrivait : « Ouvrir une école, c’est fermer une prison. » À Walikale pourtant, les écoles continuent d’ouvrir sous l’ombre des fusils. Et tandis que les candidats noircissent leurs feuilles dans des centres déplacés à la hâte, une question déchire silencieusement le pays : combien d’enfants devront encore passer leurs examens avec la guerre assise au fond de la classe ?

Didier BOFATSHI

Okapi / VFI7, voltefaceinfos7.com

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