Le ton est grave, les mots lourds : la mission indépendante d’établissement des faits de l’ONU évoque des « actes de génocide » à El-Fasher, capitale du Darfour-Nord tombée le 26 octobre 2025 aux mains des Forces de soutien rapide. Le 19 février 2026, le Département du Trésor des États-Unis a annoncé des sanctions contre trois commandants des FSR pour leur rôle dans le siège de 18 mois et la prise sanglante de la ville.
El-Fasher, épicentre du cauchemar
Selon Washington, les FSR « se sont livrées à une campagne effroyable de tueries ethniques, de tortures, de famine et de violences sexuelles ». L’ONU parle d’« actes de génocide ». Le vocabulaire n’est pas anodin : il place les exactions au plus haut degré du droit international pénal. Comme le rappelait Raphaël Lemkin, juriste qui forgea le terme génocide, il s’agit d’« un crime visant à détruire les fondements essentiels de la vie d’un groupe ».
Le “boucher d’El-Fasher” sanctionné
Parmi les trois visés figure le brigadier général El’fateh Abdullah Idris Adam, surnommé « Abou Loulou », présenté comme le « boucher d’El-Fasher ». Il aurait participé aux massacres, se filmant exécutant des civils avant de diffuser les images. Deux autres commandants, Gedo Hamdan Ahmed Mohamed et Tijani Ibrahim Moussa Mohamed, sont également sanctionnés. Les mesures impliquent le gel de leurs avoirs aux États-Unis et l’interdiction pour toute entité américaine de traiter avec eux. Des décisions similaires ont été prises par le Royaume-Uni et l’Union européenne.
Sanctions et guerre civile
Depuis avril 2023, le Soudan est ravagé par la guerre entre les FSR du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, et l’armée du général Abdel Fattah al-Burhan. Les sanctions américaines traduisent une volonté d’isoler les responsables paramilitaires. Mais leur portée reste symbolique tant que les combats se poursuivent. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « là où tous sont coupables, nul ne l’est ». En ciblant des individus nommément, Washington cherche à rompre cette dilution des responsabilités.
Justice ou signal politique ?
Ces sanctions marquent une étape diplomatique majeure. Elles rappellent que la communauté internationale surveille le Darfour. Mais elles interrogent aussi : la pression économique peut-elle enrayer la spirale de violence ? « L’injustice quelque part est une menace pour la justice partout », affirmait Martin Luther King. À El-Fasher, la justice reste suspendue aux décisions internationales. Reste à savoir si le gel des avoirs pèsera face aux armes.
RFI / voltefaceinfos7.com