Ebola en RDC : Kinshasa mise sur un anticorps américain pour éviter le pire

L’Est sous l’ombre du virus

La République Démocratique du Congo accélère sa riposte contre la 17ᵉ épidémie d’Ebola, souche Bundibugyo, alors que l’absence de vaccin homologué pousse Kinshasa vers une solution expérimentale. Selon le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, des discussions de haut niveau ont été engagées avec les États-Unis afin d’obtenir un anticorps monoclonal susceptible de réduire la mortalité dans les provinces déjà touchées. Onze jours après la déclaration officielle de l’épidémie, l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu vivent désormais sous pression sanitaire permanente.

« Nous sommes en négociation avec les Américains pour qu’ils nous disponibilisent un anticorps monoclonal », a déclaré Roger Kamba, précisant que les échanges sont « avancés » et qu’une réponse est attendue dans les prochains jours.

La médecine aux frontières de l’inconnu

La molécule envisagée a déjà été testée contre les souches Zaïre et Soudan, sans jamais être utilisée contre Bundibugyo. Kinshasa espère ainsi ouvrir une nouvelle brèche thérapeutique dans une bataille où le temps devient l’ennemi principal.

« Si les Américains nous la fournissent, nous la déploierons dans le cadre d’un essai clinique pour les malades », a ajouté le ministre. L’essai viserait à mesurer l’efficacité et la tolérance du traitement sur des patients congolais sous protocole validé. « La science n’a pas de patrie », écrivait Louis Pasteur. Mais dans l’Est congolais, elle devient aujourd’hui une question de survie nationale.

Des provinces sous respiration artificielle

Sur le terrain, la riposte prend une ampleur massive. Plus de 230 patients sont isolés dans les centres de traitement Ebola, tandis que 3600 personnes contacts sont suivies quotidiennement. Environ 1000 cas symptomatiques ont déjà été identifiés pour 101 cas confirmés. Le bilan provisoire fait état de 17 décès confirmés et de 200 à 220 morts probables.

Le Gouvernement multiplie également les opérations logistiques. « Le dimanche 17, je suis descendu sur place avec plus de 5 tonnes d’équipements », a affirmé Roger Kamba, annonçant l’arrivée imminente de nouvelles cargaisons médicales.

Dans les communautés affectées, les équipes sensibilisent chefs coutumiers, évêques, élèves et ONG afin de limiter les contacts et d’imposer les enterrements dignes et sécurisés. Car même après la mort, Ebola continue de circuler à travers les sécrétions des victimes.

Quand Ebola teste la souveraineté sanitaire

Derrière l’urgence médicale, une autre réalité apparaît : la dépendance persistante des systèmes sanitaires africains face aux puissances scientifiques étrangères. Faute de traitement spécifique homologué, la RDC se tourne encore vers des laboratoires internationaux pour contenir une crise qui menace d’élargir son foyer.

« Informer, c’est éclairer les consciences », rappelait Jean Daniel. Dans cette nouvelle flambée épidémique, Ebola ne révèle pas seulement la violence d’un virus. Il expose aussi les fragilités structurelles d’un système de santé confronté à l’urgence absolue. Et tandis que les laboratoires négocient, les provinces de l’Est continuent de retenir leur souffle, suspendues entre la science, l’espoir et la peur.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

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