Confiance, souveraineté et société numérique : le Congo à l’épreuve de la modernité digitale

Invité : Hans Boyeye Bolanga, Conseiller Numérique de la rectrice et Chef des Travaux à l’Université Pédagogique Nationale de Kinshasa

Journaliste : Comment définiriez-vous l’enjeu historique du code du numérique congolais ?

H.B.B. : Le code du numérique représente un moment charnière dans la construction de la souveraineté informationnelle congolaise. Il ne s’agit pas uniquement d’un texte juridique, mais d’un dispositif de régulation d’un espace social devenu stratégique. Aujourd’hui, la puissance d’un État dépend aussi de sa capacité à sécuriser les flux de données, protéger les citoyens et encadrer l’économie digitale. La République Démocratique du Congo entre ainsi dans une dynamique mondiale où le droit accompagne la révolution technologique plutôt que de la suivre avec retard.

Journaliste : Pourquoi la vulgarisation du code numérique est-elle présentée comme une priorité politique ?

H.B.B. : La norme juridique sans appropriation sociale reste un instrument formel. La vulgarisation transforme la loi en culture citoyenne.

Le Congo possède une jeunesse fortement connectée. L’État doit donc parler le langage de cette génération : images, formats courts, pédagogie interactive. La communication numérique publique devient un outil d’éducation civique autant qu’un vecteur de stabilité sociale. Cette démarche rejoint les principes modernes de gouvernance où la légitimité institutionnelle dépend de la transparence informationnelle.

Journaliste : Quels sont les principaux risques numériques que le code cherche à prévenir ?

H.B.B. : Trois menaces majeures structurent aujourd’hui l’écosystème digital :

Premièrement, la désinformation organisée, capable de fragiliser la cohésion sociale.
Deuxièmement, la cybercriminalité économique qui affecte les transactions électroniques.
Troisièmement, l’exploitation abusive des données personnelles. La régulation juridique doit rester équilibrée : protéger sans étouffer l’innovation ni la liberté d’expression.

Journaliste : Quel rôle les réseaux sociaux jouent-ils dans la diffusion de la norme juridique ?

H.B.B. : Les plateformes numériques sont devenues l’agora contemporaine. La politique publique doit intégrer cette réalité sociologique.

La communication institutionnelle n’est plus verticale mais relationnelle. L’État dialogue avec le citoyen à travers des formats simplifiés, visuels et interactifs, afin de favoriser l’adhésion volontaire aux règles numériques.

Journaliste : Quelle vision stratégique pour l’avenir numérique de la RDC ?

H.B.B. : La RDC doit développer une culture juridique numérique durable. La vulgarisation doit être continue, intégrée au système éducatif et soutenue par les institutions académiques. Le développement digital n’est pas seulement technologique. Il est civilisationnel.

La régulation numérique congolaise s’inscrit dans un horizon historique où le droit devient architecture de confiance collective. Comme le rappelle la pensée politique contemporaine, « la puissance d’un État numérique se mesure à la sécurité de la parole de ses citoyens ».

Dans un monde gouverné par les flux informationnels, l’Afrique centrale peut bâtir un modèle original : celui d’une modernité digitale enracinée dans la dignité juridique et la responsabilité sociale. « Qui contrôle la connaissance contrôle le futur. »

Didier BOFATSHI / voltefaceinfos7.com

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