Tempête sur l’autel public

Kinshasa, 4 juillet 2026. La Cenco, la mission pastorale de l’Église catholique et les relations Église-État en RDC s’invitent au cœur d’un débat explosif. Selon le plaidoyer de la Convergence pour l’Émergence du Congo (CEC), une structure de la société civile, dans une déclaration parvenue samedi dernier à l’ACP, certaines prises de position d’évêques sont perçues comme un glissement vers le champ politique. Dans un pays marqué par des tensions sociales, la controverse ravive la question du rôle institutionnel de l’Église dans l’espace public.

La parole qui divise

La CEC affirme que « certaines initiatives et déclarations attribuées à des responsables de la Cenco » alimentent une perception de positionnement politique. Elle insiste toutefois : « il ne s’agit pas de remettre en cause la place de l’Église », mais de clarifier ses limites dans la vie publique.

Frontière sacrée, ligne fragile

Dans son argumentaire, la CEC rappelle l’Accord-cadre de 1977. Il encadre les relations entre la RDC et le Saint-Siège. Il définit une mission pastorale, éducative et sociale. Mais il exclut toute fonction de gouvernance politique directe.

Comme le rappelle Benoît XVI, « l’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique ». Pourtant, elle ne peut « rester à l’écart de la justice ».

Un pouvoir moral sous tension

Dans la doctrine catholique, l’Église agit sans gouverner. Elle éclaire sans diriger. Toutefois, en RDC, son influence reste centrale. Elle observe, interpelle, médiatise.

Selon Max Weber, l’autorité repose sur la confiance. Or, toute perception d’alignement politique fragilise cette confiance.

RDC dans le miroir mondial

En France, en Allemagne ou aux États-Unis, les conférences épiscopales interviennent sur les débats sociaux sans soutenir de partis. Pourtant, en RDC, le contexte de crises accentue leur poids politique perçu.

Équilibre ou fracture

La CEC conclut que la clarification préserverait « l’autorité morale et la vocation de rassemblement » de l’Église. Dans un pays fracturé, chaque parole devient un risque ou une promesse.

Comme le rappelle Paul Ricœur, la démocratie vit du débat organisé. Mais encore faut-il que la parole religieuse reste un pont, non une frontière.

« La paix n’est pas un état, mais une construction », disait François. À Kinshasa, cette construction passe désormais par une question centrale : jusqu’où parler sans gouverner ?

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

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