Ituri, l’aéroport de Bunia entre modernisation et détresse sociale

À Bunia, dans la province de l’Ituri, l’extension de l’aéroport international cristallise une crise sociale silencieuse. Plus de 250 ménages vivant aux abords de la piste réclament leur indemnisation, alors que les travaux d’élargissement de l’infrastructure avancent et fragilisent déjà plusieurs habitations.
Mardi 28 avril 2026, ces familles ont organisé une marche pacifique pour dénoncer une situation qu’elles qualifient d’impasse. Selon elles, aucune compensation concrète n’a été versée pour la phase actuelle du projet, contrairement à la première tranche de travaux déjà exécutée.
Une modernisation qui déplace les fragilités
L’extension de l’aéroport de Bunia s’inscrit dans un programme de modernisation des infrastructures aériennes en RDC. Mais sur le terrain, la transformation technique se heurte à une réalité humaine : celle de ménages installés depuis des années aux abords de la piste.
Si une première phase de 2 500 mètres avait donné lieu à des indemnisations via l’entreprise Mont Gabaon, les habitants situés au-delà de cette zone se retrouvent aujourd’hui dans une zone d’incertitude administrative et sociale.
Vivre sous le souffle des avions
Au quotidien, la proximité de la piste constitue une menace permanente pour les riverains. Vibrations, toitures endommagées, bruit intense et risques liés aux décollages rythment leur vie.
« Le souffle des avions nous affecte énormément. À chaque passage, nous devons nous réfugier à l’intérieur. Plusieurs toitures ont déjà été emportées », témoigne un manifestant. Dans ce contexte, la question de la sécurité côtoie celle de la survie quotidienne, transformant la modernisation en expérience ambivalente pour les communautés locales.
Entre développement et droit à la compensation
La marche des habitants s’est achevée au cabinet du gouverneur de l’Ituri, où un mémorandum a été déposé. Les autorités provinciales assurent travailler à une solution de relocalisation, notamment par l’identification d’un site de délocalisation approprié.
Mais sur le terrain, l’attente s’éternise, nourrissant un sentiment d’abandon. Les ménages demandent une accélération du processus afin de sortir d’une précarité devenue structurelle. « Le développement ne peut être durable sans justice sociale », rappelle un acteur de la société civile locale.
Une équation classique des grands projets publics
L’extension de l’aéroport de Bunia met en lumière une tension récurrente dans les projets d’infrastructures : celle entre impératif de modernisation et protection des populations affectées. Dans les zones urbaines en transformation rapide, les populations riveraines se retrouvent souvent en première ligne des chantiers, mais en dernière position dans les mécanismes de compensation.
Le progrès à l’épreuve du social
« Un projet d’infrastructure ne réussit que s’il inclut ceux qu’il transforme », confie un urbaniste local. À Bunia, l’extension de l’aéroport avance, mais la question sociale demeure ouverte : celle de savoir comment concilier développement et dignité des populations déplacées ou affectées. Et comme le rappelait Amartya Sen, en écho à cette tension entre progrès et exclusion : « Le développement est avant tout un processus d’expansion des libertés réelles des individus. »
DBE
Okapi / VFI7
