
L’Est meurtri, l’Église sonne l’alarme
Alors que les massacres se multiplient dans les territoires de Beni, Lubero et Mambasa, l’Église catholique hausse le ton. Dans un message de compassion et d’interpellation pastorale publié depuis Butembo, Melchisédech Paluku Sikuli dresse un constat alarmant de la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu et l’Ituri, marqués ces dernières semaines par une nouvelle vague de tueries attribuées aux rebelles ADF.
Selon les informations publiées par actualite.cd et consultées par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, près de quarante civils ainsi que trois policiers ont récemment perdu la vie dans une série d’attaques sanglantes qui ont plongé plusieurs localités dans la peur et le deuil.
Deux fronts, une même souffrance
Pour le prélat catholique, la région vit sous une double menace. Au sud de sa juridiction pastorale, les conséquences de la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda continuent d’affecter les populations. Au nord, les ADF, mouvement armé d’origine ougandaise affilié à l’organisation État islamique, poursuivent leurs exactions meurtrières.
« Une partie du territoire national est sous occupation étrangère et les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri sont massacrées de manière récurrente », déplore-t-il.
Au-delà des pertes humaines, l’évêque évoque l’effondrement progressif des activités économiques, sociales et éducatives, aggravant davantage la vulnérabilité des communautés locales.
Le cri d’un pasteur face à l’indifférence politique
Le cœur du message de Mgr Sikuli réside toutefois dans une critique sévère de la classe dirigeante. Il regrette ce qu’il qualifie de déconnexion croissante entre les priorités des responsables politiques et les préoccupations vitales des populations confrontées quotidiennement à la violence.
« Nous constatons avec amertume un hiatus entre les préoccupations des politiciens et les besoins réels et légitimes des Congolais », écrit-il, estimant que les efforts devraient être prioritairement orientés vers le rétablissement de la paix plutôt que vers les débats institutionnels liés à une éventuelle révision constitutionnelle.
Le prélat appelle également les parlementaires à faire preuve de responsabilité et à ne pas céder à « la politique du ventre et de la peur ».
Quand le sang interpelle la conscience nationale
Cette prise de position intervient après plusieurs attaques meurtrières ayant coûté la vie à 21 personnes à Beni et ses environs, puis à 16 autres civils à Mbau, sans compter les victimes enregistrées à Biakato et Makumo dans le territoire de Mambasa.
En invitant le président de la République à faire de la restauration de la paix une priorité absolue, Mgr Sikuli rappelle une vérité fondamentale : la légitimité du pouvoir se mesure d’abord à sa capacité à protéger les citoyens.
Comme l’écrivait le philosophe français Albert Camus, « la paix est le seul combat qui mérite d’être mené ». Dans l’Est de la RDC, où les larmes succèdent aux larmes et les deuils aux deuils, cet appel résonne aujourd’hui comme une interpellation adressée à toute la Nation. Car lorsque des populations vivent sous la menace permanente des armes, c’est la conscience collective elle-même qui est mise à l’épreuve.
Didier BOFATSHI

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