Afrique du Sud-Iran : La danse du fil au-dessus du brasier

L’onde de choc des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran traverse les continents. À Pretoria, le président Cyril Ramaphosa choisit la retenue : « profonde inquiétude », appel à « la plus grande retenue », rappelle que la légitime défense ne saurait être anticipée hors du strict cadre du droit international. En face, les EFF de Julius Malema tonnent : l’Iran « a le droit de se défendre ». Deux voix, un même séisme.

Le fil et le brasier

Pretoria marche sur un câble tendu au-dessus du feu. Membre des BRICS, désormais élargis à Téhéran, l’Afrique du Sud refuse la condamnation tonitruante comme le silence complice. Elle invoque la norme contre la foudre. Raymond Aron avertissait : « La paix est impossible, la guerre est improbable. » Entre ces deux abîmes, la diplomatie sud-africaine cherche l’équilibre.

La loi contre la foudre

En rappelant les limites de la légitime défense, Pretoria oppose le texte à l’explosion. Hans Kelsen soutenait que la force n’est légitime qu’adossée à la règle. Derrière la formule juridique, un message : si la prévention devient doctrine, les États vulnérables deviennent cibles. La norme, ici, est un bouclier.

Le tambour et la plaie

Les EFF frappent plus fort. Washington et Tel-Aviv sont accusés d’agir « quel qu’en soit le coût humain ». Le registre est incandescent, nourri d’un imaginaire anti-impérial. Comme l’écrivait Edward Saïd, le pouvoir s’exerce aussi par le récit. Renverser la narration, c’est redistribuer la légitimité.

L’ombre des alliances

Les BRICS ne sont pas une armée, mais un symbole. Pretoria protège ce capital sans rompre avec l’Occident. Hedley Bull parlait de « société internationale » : un ordre fragile que l’on maintient par la retenue plus que par la victoire.

En creux, se joue la bataille de la légitimité. Qui frappe ? Qui juge ? Qui protège la règle ? « La crise, écrivait Antonio Gramsci, c’est quand l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître. » L’Afrique du Sud avance dans cet entre-deux, funambule lucide. Et si, comme le rappelait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », alors nommer la force par le droit reste peut-être le dernier acte de résistance.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

 

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