Un procès suspendu sous tension judiciaire
La Cour d’appel a renvoyé au 19 mai 2026 l’audition de l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, dans le cadre de l’affaire dite du FRIVAO, portant sur un présumé détournement de fonds destinés à l’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo. Absent à l’audience du 4 mai, l’ex-ministre a invoqué un état de santé jugé préoccupant, attesté par des documents médicaux transmis à la juridiction. Le ministère public, tout en actant cette absence, insiste sur la nécessité de son témoignage pour la manifestation de la vérité.
Une absence médicalement justifiée
Devant la Cour, une lettre de Constant Mutamba a été lue par le ministère public. Dans ce document, l’ancien garde des Sceaux affirme être hospitalisé depuis plusieurs mois et se trouve dans l’incapacité de comparaître physiquement.
Pour appuyer ses déclarations, il a transmis une attestation médicale ainsi qu’un rapport d’imagerie, versés au dossier. Cette absence intervient dans un dossier sensible, où les enjeux judiciaires rejoignent des considérations politiques et financières d’ampleur nationale.
Le FRIVAO au cœur des accusations
Le dossier concerne la gestion des fonds du FRIVAO, un mécanisme d’indemnisation des victimes des activités illicites attribuées à l’Ouganda en RDC. Au centre des investigations : des soupçons de détournement de fonds publics. Selon les éléments évoqués à l’audience, le directeur général intérimaire du FRIVAO, Chansar, affirme avoir exécuté certains paiements sur la base d’instructions attribuées à Constant Mutamba, parfois verbales. Ces déclarations placent l’ancien ministre dans une position clé du dossier, bien que sa responsabilité n’ait pas encore été juridiquement établie.
Le ministère public insiste sur la vérité judiciaire
Malgré l’absence de l’ancien ministre, le ministère public a demandé le report de son audition, estimant que son témoignage est indispensable à la manifestation de la vérité.
La Cour d’appel a accédé à cette requête, renvoyant l’affaire au 19 mai 2026, date à laquelle Constant Mutamba est attendu pour s’expliquer.
Ce report prolonge une procédure déjà suivie de près par l’opinion publique, dans un contexte où les dossiers de gestion des fonds publics restent particulièrement sensibles en RDC.
Une affaire à forte résonance politique et institutionnelle
Au-delà du cadre strictement judiciaire, l’affaire FRIVAO soulève des interrogations sur la gouvernance des mécanismes d’indemnisation et la chaîne de responsabilité dans la gestion des fonds publics. Elle met également en lumière les tensions récurrentes entre impératifs de transparence, exigences de justice et dynamiques institutionnelles.
Le juriste et philosophe Montesquieu écrivait : « Il n’y a point de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et exécutrice. » Dans ce dossier, c’est précisément la solidité de cette séparation qui se trouve indirectement testée.
Le procès FRIVAO entre ainsi dans une phase d’attente stratégique, suspendu à la prochaine comparution de Constant Mutamba. Au-delà des faits reprochés, c’est la crédibilité des mécanismes de gestion des fonds publics qui se trouve interrogée. Et dans l’attente du 19 mai, une question demeure suspendue au-dessus du dossier : la vérité judiciaire pourra-t-elle se frayer un chemin entre responsabilités individuelles, contraintes médicales et enjeux institutionnels ? Comme le rappelait Albert Camus : « La justice est la vérité en action. » Reste à savoir si cette action pourra pleinement s’exprimer dans ce dossier hautement sensible.
Didier BOFATSHI

