Zaïrianisation : Le passé fiscal refait surface, l’État traque ses créances enfouies

Sénat en alerte

Kinshasa, 19 mai 2026. Au Sénat de la RDC, un vieux dossier ressurgit avec fracas : la zaïrianisation et ses créances oubliées. Le sénateur Célestin Vunabandi appelle à une stratégie nationale de recouvrement, lors d’un débat adressé au ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde. L’enjeu est clair : transformer un héritage économique fragmenté en levier budgétaire.

« L’État doit savoir ce qu’il possède et ce qu’on lui doit », insiste-t-il, plaidant pour un audit global du patrimoine national et une traçabilité complète des biens issus de la nationalisation.

Créances fantômes

Derrière les chiffres absents, des dettes persistantes. Des actifs dispersés. Une mémoire économique incomplète. Le Parlement pousse l’exécutif à structurer un mécanisme de recouvrement, dans un contexte de pression budgétaire croissante. Le dossier n’est pas seulement comptable. Il est historique. Politique. Sensible. Comme le rappelait John Maynard Keynes : « À long terme, nous sommes tous morts » — mais les dettes, elles, survivent aux époques.

Patrimoine sous brouillard

L’audit demandé vise à lever un voile ancien : celui d’un patrimoine public mal cartographié, entre adjudications, cessions et zones d’ombre administratives. L’État cherche à reprendre la main sur ses actifs, à clarifier ses droits, à reconstituer son inventaire. La zaïrianisation, loin d’être un vestige, redevient une arène de gouvernance. Une mémoire fiscale qui réclame résolution.

État comptable ou État stratège

La démarche révèle une tension structurelle : gérer le passé pour financer le présent. Rationaliser pour survivre budgétairement. Le Sénat impose le tempo, l’exécutif est attendu sur l’action. « La confiance est le capital invisible de l’État », écrivait Amartya Sen. Une confiance qui dépend désormais de la capacité à rendre lisible ce qui fut longtemps opaque.

La dette du temps

Ce dossier rappelle une vérité brutale : les États n’oublient jamais vraiment leurs passés économiques. Ils les repoussent, les suspendent, puis finissent par les affronter. « On ne gouverne pas sans mémoire », disait Max Weber. Et dans les couloirs du pouvoir congolais, la mémoire fiscale frappe de nouveau à la porte insistante, lourde, incontournable.

Didier BOFATSHI

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