Rubaya, la colline qui mange les hommes

La colline n’a pas glissé : elle a avalé. À Rubaya, dans l’Est de la RDC, des centaines de creuseurs artisanaux ont été ensevelis. La pluie n’a été que l’étincelle. Le feu, lui, couvait depuis longtemps : pauvreté nue, galeries fragiles, État absent. Ici, mourir n’est pas un accident. C’est une condition de travail. « La violence la plus dangereuse est celle qui n’a pas besoin d’un coupable visible », écrivait Johan Galtung.

La faim plus forte que la pluie

On creuse parce qu’il faut manger. On descend malgré les alertes parce qu’un arrêt coûte la vie, lentement. Rubaya expose une économie de survie où la prévention devient un luxe. Karl Polanyi l’avait prédit : quand le marché dicte tout, la vie humaine s’ajuste ou disparaît.

L’État en poussière

Qui protège quand le pouvoir se morcelle ? Administration parallèle, normes fantômes, responsabilités diluées. Cette zone grise est un système. Achille Mbembe parlait d’une souveraineté éclatée, où la décision de vivre ou mourir circule sans visage. À Rubaya, gouverner n’est pas sécuriser : c’est laisser faire.

Des morts pour nos écrans

Le coltan voyage. Les corps restent. La chaîne mondiale absorbe la valeur et expulse le coût humain. Immanuel Wallerstein l’a nommé : centre rassasié, périphérie sacrifiée. Les blessés soignés, l’émotion retombe. L’humanitaire panse, Didier Fassin le rappelle, mais ne répare pas les structures.

Rubaya n’est pas une exception : c’est un message. Tant que le monde consommera sans voir, la colline continuera de manger. Hannah Arendt avertissait : « Le plus grand danger est la normalisation de l’inacceptable. » À Rubaya, l’inacceptable a pris racine. Qui l’arrachera ?

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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