Retrait des militaires des mines : le Lualaba face au défi de l’autorité de l’État
Le général Eddy Kapend, commandant de la 22ᵉ Région militaire, a ordonné le week-end dernier le retrait des militaires des mines du site de Kisankala, dans la province du Lualaba. Cette décision applique l’instruction présidentielle visant à éloigner les forces armées des sites miniers et à renforcer la gouvernance du secteur extractif.
La mine quitte l’uniforme militaire
Le retrait des militaires des mines marque une nouvelle étape dans la volonté des autorités congolaises de clarifier les missions de l’armée. À Kisankala, le général Eddy Kapend a demandé aux militaires de quitter les installations minières afin de respecter les règles établies par le gouvernement.
Selon les informations consultées auprès de la Présidence congolaise et relayées par Okapi.net, cette mesure intervient après l’ordre donné par le président Félix Tshisekedi lors du conseil des ministres du 10 juillet. Le chef de l’État avait exigé le retrait immédiat et définitif des militaires et policiers présents illégalement dans les zones minières.
Ainsi, Kinshasa entend mettre fin à une pratique régulièrement dénoncée : l’utilisation de forces de sécurité dans des conflits privés liés à l’exploitation des ressources naturelles.
L’armée retrouve son rôle régalien
Pour le général Kapend, la mission du soldat reste avant tout la défense du territoire. « Les soldats vivent en brousse pour protéger la République. Il est interdit aux militaires d’aller dans les mines perturber la production », a-t-il rappelé.
Cette déclaration pose une question centrale : quelle place doit occuper l’armée dans un secteur économique stratégique comme celui des mines ?
En effet, le sous-sol congolais représente une richesse majeure. Cependant, sa gestion demeure confrontée à des tensions entre intérêts économiques, sécurité locale et respect de l’autorité publique.
Comme l’écrivait le sociologue Max Weber, l’État moderne repose sur « le monopole de la violence physique légitime ». Dès lors, la force publique ne peut être durablement crédible que lorsqu’elle agit au service de l’intérêt collectif.
Le Lualaba, miroir des tensions minières
Le Lualaba concentre une grande partie de la production minière congolaise, notamment dans le cuivre et le cobalt. Cette importance économique transforme chaque site d’exploitation en un enjeu stratégique.
Cependant, la présence de militaires dans certaines zones minières a souvent alimenté des interrogations sur la séparation entre sécurité publique et intérêts privés.
En appelant les opérateurs miniers à ne plus solliciter les soldats pour régler leurs différends, le général Kapend adresse également un message aux acteurs économiques. La résolution des conflits doit désormais passer par les mécanismes juridiques prévus par l’État.
Ainsi, le retrait des militaires des mines ne constitue pas seulement une décision sécuritaire. Il représente aussi un acte politique visant à restaurer la confiance dans les institutions.
Une réforme attendue, un défi durable
La décision ouvre une nouvelle phase pour la gouvernance minière congolaise. Toutefois, son efficacité dépendra de son application sur le terrain.
D’abord, l’État devra garantir que les sites miniers restent sécurisés sans recourir à des interventions militaires irrégulières. Ensuite, les autorités devront renforcer les mécanismes de contrôle afin d’éviter le retour des anciennes pratiques.
Cette dynamique rejoint une réflexion de l’écrivain Albert Camus : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Dans le secteur minier, cette protection concerne aussi les communautés locales, les travailleurs et l’intérêt national.
Finalement, le retrait des militaires des mines pose une interrogation essentielle : la RDC parviendra-t-elle à transformer ses richesses naturelles en véritable instrument de souveraineté collective ?
Comme le rappelait l’économiste Joseph Stiglitz, « les ressources naturelles peuvent être une bénédiction ou une malédiction ». Au Lualaba, l’avenir dépendra désormais de la capacité de l’État à faire du minerai non plus un foyer de tensions, mais un levier durable de développement.
Didier BOFATSHI

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