
Le processus de Doha, engagé entre la République démocratique du Congo et la rébellion de l’AFC/M23 sous médiation qatarie, reste paralysé malgré la signature d’un accord-cadre en novembre 2025 et d’un mandat issu de la CIRGL en février 2026. Dans un contexte de détérioration sécuritaire persistante dans l’Est du pays et de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, des pistes de relocalisation des discussions émergent, notamment la Suisse. L’hypothèse a été évoquée par le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, tandis que la cheffe de la diplomatie, Thérèse Kayikwamba Wagner, réaffirme l’attachement de Kinshasa au cadre de Doha.
Doha sous tension : un processus en apnée diplomatique
Malgré les avancées formelles, le dialogue entre Kinshasa et l’AFC/M23 demeure figé. La ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a reconnu l’impact de facteurs externes sur cette paralysie : « La situation dans la sous-région qui abrite ces pourparlers s’est détériorée de manière assez dramatique… raison pour laquelle ce processus est un peu paralysé. » Elle insiste toutefois sur la continuité du cadre diplomatique : « Nous restons attachés au processus de Doha… nous espérons faire des avancées et obtenir des engagements clairs. »
La Suisse comme hypothèse de relance
Face au blocage, une nouvelle option géographique apparaît : la Suisse. Sans confirmation officielle, cette piste a été évoquée dans les cercles politiques et relayée publiquement par Patrick Muyaya : « Il y a des discussions qui devraient reprendre dans les prochains jours… notamment en Suisse. » Le porte-parole du gouvernement inscrit cette dynamique dans une logique de clôture diplomatique : « Il est question pour nous de finaliser le processus diplomatique comme on a déjà finalisé avec le père à Washington… on va finaliser avec le fils. » Une formulation qui illustre la volonté de séquencer les négociations dans une architecture régionale élargie.
Géopolitique éclatée : Doha fragilisé par les crises globales
La paralysie du processus ne se limite pas aux divergences internes. La diplomatie congolaise pointe également les effets de la conjoncture internationale, notamment au Moyen-Orient, où les tensions ont perturbé les cadres de médiation. Dans ce contexte, la Suisse apparaît comme un espace neutre potentiel, historiquement associé aux processus de paix, capable de redonner de la stabilité logistique et symbolique aux discussions.
Le terrain, juge ultime des négociations
Pendant que les capitales négocient, l’Est de la RDC reste le théâtre d’affrontements persistants entre les forces gouvernementales et l’AFC/M23, appuyée selon Kinshasa par le Rwanda. Les violences continuent de fragiliser les populations civiles, accentuant l’urgence d’un accord opérationnel. Le processus de Doha repose pourtant sur huit protocoles thématiques, allant du cessez-le-feu à la justice transitionnelle, dont plusieurs restent inachevés ou non appliqués.
Entre Doha suspendu, Genève potentielle et Washington évoqué en parallèle, la diplomatie congolaise cherche une architecture de sortie de crise à plusieurs étages. Mais la réalité du terrain impose sa temporalité propre. Comme le rappelait Henry Kissinger, « la paix est un processus, pas un événement ». Et dans l’Est congolais, ce processus demeure encore suspendu entre géographie des négociations et géographie des conflits.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceifos7.com