
Le Vice-Premier ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, a effectué une visite d’inspection mercredi dernier sur le site de l’aéroport de Bunia-Murongo, dans la province de l’Ituri. Cette mission de suivi a permis d’évaluer l’avancement des travaux de modernisation confiés à l’entreprise congolaise Mont Gabaon Construction. Selon les autorités, le bloc de la tour de contrôle est désormais en phase de finalisation, tandis que le terminal passagers et la caserne anti-incendie progressent à un rythme soutenu, dans le cadre d’un programme national de modernisation des infrastructures aéroportuaires.
Une tour qui s’élève au-dessus d’une province stratégique
À Bunia, la tour de contrôle ne se contente pas de surveiller le ciel : elle incarne une ambition politique. Celle d’une province d’Ituri reconnectée, réinsérée dans les circuits nationaux et régionaux. L’infrastructure devient ici un marqueur de souveraineté logistique.
Comme le rappelait Henri Lefebvre, « l’espace est produit social ». Dans ce cas, l’aéroport ne se construit pas seulement en béton : il redessine la place de la province dans la géographie économique du pays.
Mont Gabaon Construction et la fabrique locale de l’État
Le choix d’une entreprise congolaise pour exécuter les travaux traduit une volonté de nationalisation partielle de l’ingénierie publique. L’État ne délègue plus seulement, il internalise.
Max Weber définissait l’État moderne comme une organisation rationnelle de moyens. Ici, cette rationalité prend la forme de chantiers visibles, où la technique devient prolongement direct de l’autorité publique.
Transport, sécurité et désenclavement : une équation politique
La modernisation de l’aéroport de Bunia s’inscrit dans une stratégie plus large de désenclavement des zones sensibles. L’Ituri, longtemps marquée par des défis sécuritaires, devient un espace prioritaire d’investissement.
Jean-Pierre Bemba, en mission de terrain, s’inscrit dans la dynamique impulsée par le chef de l’État visant à renforcer les infrastructures de transport comme levier de stabilité et de développement.
Une infrastructure comme promesse de stabilité
Au-delà des travaux, l’aéroport devient un symbole : celui d’un État qui tente de stabiliser par la connexion. Routes aériennes, sécurité civile, logistique territoriale — autant de vecteurs d’intégration.
Comme le soulignait Paul Virilio, « la vitesse est le pouvoir ». Ici, la modernisation vise précisément à accélérer les circulations, matérielles comme institutionnelles.
Dans les hauteurs de Bunia, la tour de contrôle s’achève, mais c’est une autre construction qui se joue : celle d’un territoire que l’État veut rendre lisible, accessible et maîtrisable. « Gouverner, c’est prévoir », écrivait Émile de Girardin. Et dans cette Ituri en chantier, prévoir signifie désormais connecter, surveiller et intégrer.
Didier BOFATSHI / VF7, voltefaceifos7.com