Dialogue national en RDC : réunis à Rome les 26 et 27 octobre 2026, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Matata Ponyo veulent rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Derrière cette initiative, un enjeu politique se dessine : les adversaires du pouvoir peuvent-ils devenir les médiateurs d’une crise qu’ils dénoncent sans perdre leur crédibilité d’opposants ?
Dialogue national en RDC : la C64 change de posture
La Coalition Article 64 (C64) entend contribuer à une solution négociée à la crise congolaise. Dans sa déclaration finale, elle annonce vouloir rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de convenir des conditions d’un dialogue inclusif. Aucun calendrier n’est précisé et aucun accord des deux hommes pour ces rencontres n’est annoncé.
Cette démarche soulève une question : la C64 veut-elle simplement peser sur les décisions politiques ou cherche-t-elle également à s’imposer comme une force de médiation ?
Des opposants qui veulent devenir médiateurs
Depuis sa création, la coalition conteste les orientations du pouvoir, notamment sur la Constitution, les mandats présidentiels et les élections de 2028. Elle condamne aussi la conquête du pouvoir par les armes.
En proposant de rencontrer les deux anciens et actuel détenteurs du pouvoir, ses dirigeants changent toutefois de registre. Ils ne se limitent plus à dénoncer : ils veulent contribuer à définir les conditions d’une négociation.
Le paradoxe est réel. Comment des adversaires politiques de Félix Tshisekedi peuvent-ils devenir des facilitateurs crédibles sans brouiller leur rôle d’opposants ? Et comment défendre un dialogue inclusif tout en maintenant une position suffisamment ferme face aux acteurs dont ils contestent les choix ?
La pensée de Max Weber, dans Le Savant et le Politique, éclaire cette difficulté : l’activité politique engage une responsabilité qui dépasse les convictions affichées. Appliquée à la C64, cette approche invite à juger sa démarche sur ses résultats, sa cohérence et les conséquences de ses choix, plutôt que sur ses seules déclarations.
Le cas Kabila, une épreuve de cohérence
La C64 condamne le recours aux armes sans nommer Joseph Kabila dans ce passage de sa déclaration. Or, l’ancien président est désormais associé au Front pour la refondation de la nation (FRN), dans un contexte de crise sécuritaire.
Cette absence de désignation explicite pose une question politique : la coalition appliquera-t-elle la même exigence constitutionnelle à tous les acteurs, indépendamment de leurs alliances ou de leur passé ?
La nuance reste indispensable : rencontrer Joseph Kabila ne signifie pas approuver ses choix. Un dialogue crédible peut précisément servir à obtenir des engagements, clarifier les responsabilités et rechercher une issue pacifique.
La médiation, prochain test de l’opposition
La C64 réclame également la relance de la facilitation africaine menée par l’Angola et le Togo, avec les Églises catholique et protestante. Elle demande une décrispation politique et des garanties concernant les conclusions du dialogue.
Sa crédibilité dépendra donc de sa capacité à transformer cette initiative en propositions concrètes, sans renoncer à ses principes ni entretenir d’ambiguïté sur le recours aux armes.
La C64 parviendra-t-elle à concilier fermeté politique et rôle de médiatrice ?
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Didier BOFATSHI

