
Le sursaut d’un État fragilisé
Le député national John Efambe Ekamba a déposé mardi 19 mai 2026 une proposition de loi visant à modifier la législation sur les marchés publics afin de restaurer le rôle stratégique du SENAPI. À travers cette initiative parlementaire, l’élu de la Lukunga veut stopper ce qu’il considère comme un « affaiblissement progressif » d’un établissement public autrefois central dans la gestion des documents officiels et des fournitures administratives de l’État congolais.
Quand l’État sous-traite sa propre sécurité
Seize ans après l’adoption de la loi sur les marchés publics, John Efambe estime que le texte a progressivement ouvert la voie à une externalisation massive des impressions officielles vers des opérateurs privés, parfois étrangers.
Pour le parlementaire, cette situation dépasse la simple question administrative. Elle toucherait désormais au cœur même de la souveraineté nationale. Documents sécurisés, données sensibles, traçabilité des actes officiels : autant d’éléments qu’il juge exposés à des risques de fraude, de contrefaçon ou de fuite stratégique.
Le philosophe Jean Bodin écrivait : « La souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d’une République. » Dans le contexte congolais, cette souveraineté semble aujourd’hui se jouer jusque dans les circuits invisibles des imprimés administratifs.
Le SENAPI au bord de l’effacement
Selon John Efambe Ekamba, le recours croissant aux prestataires privés aurait fragilisé les capacités opérationnelles du SENAPI tout en aggravant les pertes financières de l’État, contraint de maintenir un service public qui ne contrôle plus pleinement ses missions historiques.
La réforme proposée prévoit notamment la reconnaissance explicite du monopole du SENAPI dans l’impression des documents officiels, l’encadrement strict des dérogations ainsi qu’un durcissement des sanctions contre les violations de la loi. Des amendes pouvant atteindre 100 millions de francs congolais sont envisagées contre les ordonnateurs attribuant des marchés sans certification technique préalable du SENAPI.
La bataille invisible des marchés publics
Derrière cette offensive législative se cache un débat beaucoup plus vaste sur la gouvernance publique en RDC : celui de la capacité réelle de l’État à protéger ses secteurs stratégiques face aux intérêts privés et aux logiques de dépendance.
Car dans de nombreux pays africains, les marchés publics sont devenus des zones sensibles où se croisent influence politique, enjeux financiers et questions de souveraineté.
Le sociologue Max Weber rappelait que « l’État moderne repose sur une administration rationnelle et contrôlée ». En RDC, la survie du SENAPI apparaît désormais comme un test silencieux de cette capacité institutionnelle.
Mais cette réforme soulève également une autre interrogation : comment protéger les intérêts stratégiques de l’État sans freiner la transparence, la concurrence et l’efficacité dans les marchés publics ?
Car entre souveraineté nationale et ouverture économique, l’équilibre demeure fragile. Et dans cette bataille discrète des documents officiels, ce n’est pas seulement du papier qui circule : c’est aussi une part de l’autorité de l’État qui se joue dans l’ombre des imprimantes et des signatures.
