RDC-Assemblée nationale : La motion contre Jacquemain Shabani suspendue au tamis des signatures huit jours d’attente, la tension politique s’épaissit

À Kinshasa, la procédure visant la motion de défiance contre le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani est ralentie au sein de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Selon les informations rendues publiques le 21 avril 2026, le bureau de la chambre basse a reporté la plénière, invoquant la vérification de 56 signatures de députés sur une durée déjà jugée longue de huit jours. Une décision qui, dans un climat politique sensible, suscite interrogations, soupçons de manœuvres dilatoires et débats sur la régularité du contrôle parlementaire de l’exécutif.

Le filtre des signatures, ou la mécanique du ralentissement

À l’Assemblée nationale, chaque signature devient une frontière. Le bureau justifie le report par une exigence de rigueur : vérifier l’authenticité avant toute inscription à l’ordre du jour. « Il faut d’abord s’assurer de l’authenticité des signatures pour garantir la régularité de la procédure », a déclaré le rapporteur Jacques N’djoli. Dans cette lecture institutionnelle, le temps administratif devient une garantie de légalité. Mais dans l’arène politique, il est perçu comme une stratégie de temporisation.

Huit jours pour 56 noms : la lenteur comme soupçon

Le chiffre circule et alimente les tensions : huit jours pour vérifier 56 signatures. Une temporalité jugée disproportionnée par plusieurs élus, qui y voient une possible manœuvre d’étouffement politique. Dans les couloirs parlementaires, l’attente devient langage. Et le silence, une prise de position implicite. Comme le soulignait Niccolò Machiavelli, « le retard est souvent l’arme la plus subtile du pouvoir ». Ici, la procédure elle-même devient un champ de bataille.

La motion, miroir du contrôle parlementaire

Pour les initiateurs, la situation dépasse la simple vérification administrative. La motion de défiance est présentée comme un instrument constitutionnel central du contrôle de l’exécutif. Dans leur lecture, le report fragilise l’équilibre institutionnel et retarde un débat jugé essentiel sur la responsabilité gouvernementale. Montesquieu rappelait que « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » d’où la nécessité d’un Parlement actif et rapide dans ses mécanismes de contrôle.

Entre transparence affichée et calcul politique supposé

Le bureau de l’Assemblée défend, lui, une démarche de « transparence et de rigueur », affirmant vouloir éviter toute contestation ultérieure. Mais l’absence de calendrier précis nourrit l’incertitude.
Dans ce jeu institutionnel, la procédure devient elle-même message politique : garantir la forme pour maîtriser le fond.

À Kinshasa, la motion contre Jacquemain Shabani n’est plus seulement un acte parlementaire : elle est devenue un test de vitesse institutionnelle, un révélateur de rapports de force silencieux. Et dans ce temps suspendu, une maxime continue de résonner comme un avertissement : John Locke écrivait que « là où il n’y a pas de loi claire, il n’y a ni liberté ni sécurité ». Entre vérification et suspicion, c’est désormais la lisibilité même de la démocratie parlementaire qui est interrogée.

Didier BOFATSHI
MPC / VFI7

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