L’Europe dans le viseur de Téhéran

Le spectre d’une menace diffuse plane sur Europe. Depuis le déclenchement des frappes militaires menées par États-Unis et Israël contre Iran, plusieurs capitales européennes ont relevé leur niveau d’alerte face à un risque d’actions indirectes liées à la République islamique. En France notamment, les autorités ont renforcé les dispositifs de sécurité autour des représentations diplomatiques et des lieux sensibles.

À Paris, le dispositif militaire Sentinelle a été consolidé tandis que les forces de sécurité ont reçu pour instruction de surveiller toute activité susceptible de troubler l’ordre public. Si aucune menace concrète n’a été identifiée à ce stade, les services de renseignement redoutent des opérations indirectes ou clandestines susceptibles d’être liées à Téhéran.

Le continent sous haute vigilance

Les mesures de sécurité ont été relevées dans plusieurs pays européens. Les autorités surveillent particulièrement les intérêts israéliens, américains ainsi que les opposants au régime iranien présents sur le continent.

Le responsable politique allemand Marc Henrichmann a averti que « des mesures de représailles, notamment par des cellules dormantes iraniennes en Europe, ne peuvent être exclues ».

La longue mémoire des opérations clandestines

Les services de sécurité rappellent que l’appareil sécuritaire iranien a déjà démontré sa capacité à agir à l’étranger. En 2018, un projet d’attentat contre un rassemblement d’opposants iraniens à Villepinte avait été déjoué, impliquant un diplomate iranien.

Le spécialiste du Moyen-Orient David Rigoulet-Roze nuance toutefois les craintes : « on n’est plus dans la configuration des vagues d’attentats des années 1980 », même si la capacité de nuisance demeure.

La diaspora sous pression

Dans plusieurs pays européens, des membres de la diaspora iranienne affirment faire face à des intimidations ou à des menaces. Les opposants au régime restent historiquement parmi les principales cibles de ces pressions.

La sociologue Firouzeh Nahavandi souligne que ces méthodes s’inscrivent dans une stratégie ancienne : « la République islamique a toujours utilisé différentes formes de pression pour neutraliser ses opposants ».

Les réseaux de l’ombre

La menace évoquée par les services européens relève souvent d’une stratégie hybride : cyberattaques, intimidation, infiltration ou recours à des intermédiaires criminels. Certaines opérations sont attribuées à la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution, chargée des actions clandestines à l’étranger. Comme l’écrivait le stratège Carl von Clausewitz, « la guerre n’est jamais confinée au champ de bataille ».

Pour l’heure, aucune action de représailles n’a été constatée en Europe. Mais les autorités estiment que le contexte géopolitique actuel impose une vigilance renforcée. Lors d’une audition parlementaire, l’analyste stratégique Pierre Razoux l’a résumé avec prudence : « L’Europe peut être une cible, elle l’a déjà été. »

Car dans les conflits contemporains, les lignes de front ne sont plus toujours visibles. Comme le rappelait le philosophe Paul Virilio : « Là où commence la stratégie, la distance cesse d’être une protection. »

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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