Kinshasa : La Semaine française s’ouvre au Pullman Grand Hôtel, entre investissements stratégiques et quête de souveraineté économique RDC-France

Kinshasa, mardi 22 avril 2026, Pullman Grand Hôtel. Dans un contexte de recomposition des partenariats économiques mondiaux, la 9ᵉ édition de la Semaine française de Kinshasa s’est officiellement ouverte, réunissant pendant trois jours (22 au 24 avril) entreprises, institutions et décideurs congolais et français autour des opportunités d’investissement en République démocratique du Congo.

Porté par la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Congolaise (CCIFC), l’événement s’inscrit dans une dynamique initiée en 2014, visant à renforcer les liens économiques bilatéraux et à structurer des partenariats dans des secteurs stratégiques : mines, énergie, infrastructures et numérique.

Une plateforme devenue carrefour des intérêts économiques

Dès l’ouverture, le président de la CCIFC, Bertrand Bisengimana, a rappelé la vocation de l’événement dans un langage sans détour : « La Semaine française de Kinshasa est un salon professionnel qui donne l’opportunité aux entreprises participantes d’établir un contact direct avec de futurs partenaires. » Derrière cette formule, une réalité s’impose : la transformation de Kinshasa en espace de rencontre directe entre capitaux internationaux et économie locale, où les intérêts publics et privés s’entrecroisent.

La RDC, d’un marché à une position stratégique mondiale

Moment fort de la cérémonie : l’intervention du Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, venu porter la vision économique du gouvernement congolais. Dans un discours à forte portée géoéconomique, il a déclaré : « La République démocratique du Congo n’est pas seulement un marché à observer. Elle est une position stratégique à investir. »

Il a insisté sur le rôle central du pays dans la transition énergétique mondiale, notamment grâce à ses ressources critiques : « Notre ambition n’est plus simplement d’exporter davantage, mais de créer plus de valeur locale, plus d’emplois et plus de souveraineté productive. » Ces propos traduisent une inflexion majeure : le passage d’une économie d’exportation brute à une logique de transformation locale et de montée en chaîne de valeur.

France–RDC : vers un partenariat de co-construction ?

Représentant la France, l’ambassadeur Rémi Maréchaux a replacé la coopération dans une perspective de long terme, centrée sur la formation et le transfert de compétences : « Nous sommes ici pour investir, mais aussi pour contribuer à l’émergence d’un Congo nouveau, en misant sur la formation et le transfert de compétences. »

Une vision partagée, en apparence, par les acteurs économiques congolais. Le président de la Fédération des Entreprises du Congo, Robert Malumba Kalombo, a appelé à un changement de paradigme : « Il s’agit de passer à un partenariat favorisant la transformation locale, le transfert de technologies et la création de valeur sur le territoire congolais. »

Un agenda structuré autour des transitions mondiales

Cette 9ᵉ édition, qui se déroule du 22 au 24 avril 2026, s’articule autour de conférences, panels et rencontres B2B. Les thématiques majeures couvrent la transition énergétique, les minerais stratégiques, les infrastructures urbaines, le numérique et l’innovation. Dans un monde marqué par la compétition pour les ressources critiques, la RDC apparaît comme un acteur central des chaînes de valeur mondiales, notamment dans le secteur énergétique et technologique.

Entre attractivité économique et affirmation souveraine

Au-delà des discours institutionnels, une tension structurelle traverse les échanges : celle entre ouverture aux investissements étrangers et exigence de souveraineté économique. La Semaine française de Kinshasa devient ainsi un espace de négociation implicite où se confrontent deux dynamiques : l’attractivité du marché congolais et la volonté nationale de capter davantage de valeur ajoutée sur son propre territoire. Comme le rappelle la logique des économies émergentes, l’enjeu n’est plus seulement d’attirer les capitaux, mais de les transformer en levier de développement industriel durable.

Kinshasa, carrefour des ambitions économiques mondiales

Au Pullman Grand Hôtel de Kinshasa, cette 9ᵉ édition de la Semaine française s’impose comme bien plus qu’un forum d’affaires : un espace de redéfinition des rapports économiques entre la RDC et la France, dans un contexte mondial en mutation.

Comme l’écrivait Karl Polanyi, « l’économie est enchâssée dans les relations sociales ». Une idée qui résonne ici avec force : derrière les investissements, se joue aussi une bataille silencieuse pour la maîtrise de la valeur, des compétences et du futur économique.

Et dans ce face-à-face diplomatique et économique, une certitude s’impose : Kinshasa n’est plus seulement un lieu de rencontres, mais un territoire où se négocie désormais une part du monde de demain.

Didier BOFATSHI

Okapi, téléphone ya bana mboka

 

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