
Une formation de trois jours sur la digitalisation est programmée du 15 au 17 avril 2026 à l’Institut National des arts de Kinshasa par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, universitaire, Recherche Scientifique et Innovations (ESURSI). Elle vise à accélérer la transformation numérique des établissements d’enseignement supérieur à travers un portail national intégré. Chaque institution est appelée à dépêcher un informaticien qualifié pour maîtriser les systèmes de gestion des cartes d’étudiants, des bourses, des identités académiques et de la gouvernance financière. Derrière cette opération technique, se profile une reconfiguration silencieuse du pouvoir universitaire en République Démocratique du Congo.
L’université en code liquide
L’institution académique se dissout lentement dans ses propres données. Elle ne s’administre plus seulement par des registres, mais par des flux. Michel Foucault rappelait que « le pouvoir produit du savoir » ; ici, il le structure, le classe et le rend immédiatement exploitable. L’étudiant devient parcours numérique, traçable, mesurable, archivable.
Le centre devenu réseau
La réforme n’impose pas seulement une centralisation : elle fabrique une interconnexion. Manuel Castells le formulait ainsi : « la société en réseaux est la structure sociale dominante de l’ère de l’information ». L’université congolaise devient nœud d’un système national où chaque institution alimente une intelligence administrative collective.
Les artisans invisibles du système
Au cœur de cette mutation, l’informaticien s’élève en acteur stratégique. Bruno Latour évoquait ces médiateurs capables de faire tenir ensemble les mondes techniques et sociaux. Ici, il devient traducteur du pouvoir : celui qui transforme les procédures en algorithmes, et les algorithmes en décisions.
La discipline silencieuse des écrans
Derrière la promesse de modernité, une rationalité s’installe. Max Weber décrivait déjà la bureaucratie comme une cage d’acier ; elle devient aujourd’hui numérique. Tout est standardisé, comparé, corrigé en temps réel. L’université se gouverne désormais par l’instantanéité des données.
Ce chantier numérique ne se contente pas de moderniser l’université : il la reconfigure. « Celui qui contrôle l’information contrôle le pouvoir », avertit Castells. Dans cette architecture nouvelle, les données deviennent souveraines. Et comme le suggérait Michel Foucault, « là où il y a pouvoir, il y a résistance » rappel que même dans le langage silencieux des systèmes, rien n’est jamais totalement figé.
Didier BOFATSHI
ACP/ VF7, voltefaceifos7.com