Ebola en RDC : Riposte sous feu croisé en Ituri, la santé prise en otage par les armes

Ituri en alerte noire

La République Démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée d’Ebola dans un climat d’insécurité aiguë en Ituri, où les équipes sanitaires avancent sous menace armée constante. Dans une interview accordée à RFI, le directeur de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB), le professeur Jean-Jacques Muyembe, alerte sur une riposte fragilisée par les violences, les zones inaccessibles et la méfiance communautaire. « Nous travaillons dans des conditions où la sécurité conditionne tout », laisse-t-il entendre, rappelant une lutte où la médecine se heurte à la guerre.

Territoires de peur, virus en mouvement

Les foyers de contamination restent difficiles à cartographier. L’Ituri, terrain fragmenté par les groupes armés, devient un espace opaque où les chaînes de transmission échappent encore au contrôle sanitaire. Les équipes, parfois issues de Kinshasa, peinent à accéder aux zones touchées. L’incertitude règne sur le nombre réel de cas. Comme l’écrivait Albert Camus, « le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance » : ici, l’ignorance est aussi géographique et sécuritaire.

Médecine en ligne de front

Les agents de santé évoluent sous escorte ou dans la clandestinité relative de territoires instables. Le passé récent, notamment les attaques contre des soignants à Beni et Biakato, hante encore les opérations. Le Dr Muyembe insiste sur la nécessité d’impliquer davantage les acteurs locaux : une stratégie de proximité pour restaurer la confiance et réduire la perception d’« intrusion extérieure ». La riposte devient ainsi autant sociale que biomédicale.

État fragmenté, urgence globale

Derrière l’épidémie, se dessine une crise plus profonde : celle de la gouvernance sécuritaire dans l’Est congolais. L’OMS et les partenaires internationaux appuient les opérations, mais la réalité du terrain impose ses propres lois. « Le pouvoir s’exerce sur des corps », écrivait Michel Foucault ; ici, ces corps sont exposés à la fois au virus et aux balles. La santé publique devient un front invisible de souveraineté.

Entre survie et résilience

La RDC affronte ainsi une double bataille : contenir Ebola et sécuriser les corridors de la riposte. Dans ce théâtre instable, une vérité s’impose avec gravité : sans sécurité, il n’y a pas de santé possible. Comme le rappelle Hannah Arendt, « la violence apparaît là où le pouvoir est en danger », et en Ituri, ce danger se mesure désormais en vies suspendues entre virus et fusils.

Didier BOFATSHI

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