Aux États-Unis, le professeur Jean Mongu Bele plaide pour un patriotisme économique congolais

Lors d’un entretien accordé la semaine dernière aux États-Unis à la presse, le professeur au MIT et scientifique congolais Jean Mongu Bele, propriétaire de la société Okapi-RDC, a livré une réflexion approfondie sur l’avenir économique de la République Démocratique du Congo.

Au cœur des échanges figuraient plusieurs questions majeures, notamment le soutien du gouvernement congolais à l’innovation locale, les attentes de l’entrepreneur vis-à-vis de l’État, ainsi que la question des financements provenant du gouvernement américain.

Dans un discours à la fois direct, pédagogique et visionnaire, l’inventeur congolais des produits Okapi a défendu une idée simple : aucun pays ne peut se développer durablement sans protéger et soutenir sa production nationale.

Ainsi, face aux trois questions absolues posées par la presse « Quel soutien le gouvernement congolais vous a-t-il apporté jusqu’à présent ? », « Quelles sont vos attentes vis-à-vis du gouvernement congolais ? » et « Bénéficiez-vous de financements du gouvernement américain ? », le scientifique a choisi de dépasser le cadre personnel afin d’interpeller toute une nation.

Le soutien du gouvernement congolais à l’innovation locale

Dès le début de l’entretien, Jean Mongu Bele a insisté sur l’importance du sujet. « C’est une question très importante. Je veux m’adresser à tous les Congolais », a-t-il déclaré. Ensuite, convoquant l’histoire politique américaine, il a cité le président John F. Kennedy :
« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

Par ailleurs, le ton de son intervention s’est progressivement durci. Pour Jean Mongu Bele, le Congo souffre aujourd’hui d’une dépendance psychologique et économique devenue chronique. « La situation que nous vivons aujourd’hui au Congo ressemble à celle du corbeau et du renard : une situation de mendicité. Nous sommes devenus des mendiants, tant au niveau national qu’international », a-t-il affirmé.

En réalité, derrière cette image littéraire se cache une critique sévère du modèle économique congolais, encore largement tourné vers l’extérieur, malgré l’existence de capacités locales de production et d’innovation.

La question des financements du gouvernement américain

Cependant, l’entrepreneur refuse de réduire le débat à une logique d’assistanat étatique. Selon lui, les grandes multinationales américaines n’ont pas attendu l’intervention directe des pouvoirs publics pour émerger. « Quand Apple a commencé, ce n’était pas grâce au gouvernement. De même, lorsque Tesla a démarré, ce n’était pas non plus grâce au gouvernement. Cependant, le gouvernement congolais a un rôle important à jouer », a-t-il expliqué.

Les attentes vis-à-vis de l’État congolais

Pour Jean Mongu Bele, le rôle de l’État consiste moins à financer directement les entreprises qu’à leur faire confiance à travers la commande publique. À ce sujet, le patron d’Okapi-RDC cite l’exemple américain, qu’il considère comme un modèle assumé de patriotisme économique.

« Ici, aux États-Unis, les véhicules du gouvernement américain sont majoritairement de marques américaines. Même lorsqu’il existe des marques étrangères comme Toyota ou Mercedes-Benz fabriquées aux États-Unis, le gouvernement privilégie avant tout ses propres produits », a-t-il souligné.

De plus, dans les administrations américaines, les ordinateurs utilisés proviennent essentiellement des grandes marques nationales comme Apple, Dell ou IBM, même si une partie de leur production est délocalisée en Asie.

Dès lors, Jean Mongu Bele estime que la République Démocratique du Congo devrait adopter la même logique afin de soutenir son tissu industriel et stimuler la création d’emplois. « Pour favoriser la création d’emplois dans notre pays, nous devons commencer par acheter les produits Okapi », a-t-il plaidé.

Néanmoins, le scientifique déplore que certaines institutions publiques continuent de privilégier des produits étrangers, malgré l’existence d’alternatives locales. « Ce qui est parfois regrettable, c’est que nous constatons encore que certaines branches du gouvernement ou certaines entreprises publiques continuent d’acheter des produits étrangers », a-t-il regretté.

Le “Made in Congo” comme levier stratégique

Au-delà du cas d’Okapi-RDC, Jean Mongu Bele considère le « Made in Congo » comme un levier stratégique pour la souveraineté économique du pays. En effet, selon lui, chaque achat public orienté vers les entreprises nationales représente un investissement dans l’emploi, l’industrie et la dignité collective.

« Si le gouvernement achète nos produits, cela nous aidera à progresser. Il faut également mettre en place une politique permettant à la population de sentir que ces entreprises lui appartiennent aussi. C’est ainsi que nous pourrons avancer ensemble », a-t-il conclu.

En définitive, à travers cet entretien, le professeur congolais ne réclame ni faveur ni charité. Au contraire, il appelle à une véritable révolution des mentalités : faire du produit local non plus une option secondaire, mais un symbole de confiance nationale et un moteur de développement.

Didier BOF ATSHI

 

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