Les rues d’Uvira, jadis vibrantes de vie, se sont muées en scènes de chaos et de pillages, théâtre d’une ironie cruelle : les prétendus « libérateurs » sont devenus bourreaux. Les rebelles du M23/AFC, soutenus par le Rwanda, déchaînent une tempête sur les quartiers, arrachant biens et espoirs, pendant que les habitants tentent de se frayer un chemin à travers la panique.
« Des actes de pillage massif8s sont signalés », a déclaré le capitaine Sylvain Bijanu, porte-parole de la 33ème région militaire, dans un ton où l’alerte résonne comme un glas. Les maisons fouillées de force, les commerces vandalisés, et les civils pris en otage par la peur, dessinent une carte de la terreur. Mais derrière ce chaos, se révèle une vérité universelle, dénoncée par les penseurs : la violence des rebelles est le miroir de leur échec politique et moral. Hannah Arendt écrivait : « Le pouvoir naît de l’action collective, tandis que la violence apparaît lorsque le pouvoir est en train de s’effondrer ».
Ici, les pillages ne sont pas le cri d’une libération mais le hurlement d’un pouvoir vacillant. Max Weber rappelait que le véritable pouvoir repose sur le monopole de la violence légitime. Or, celui qui sème la peur parmi ceux qu’il prétend protéger n’est qu’un tyran déguisé en libérateur. John Locke ajoutait : « Là où la loi cesse, la tyrannie commence ».
Chaque sac arraché, chaque porte forcée, est une métaphore de cette tyrannie rampante. Et Frantz Fanon, dans son analyse des luttes libératrices, avertissait : « Toute violence n’est pas nécessairement libératrice ; elle peut devenir un instrument d’oppression lorsqu’elle se retourne contre le peuple ».
La population d’Uvira, censée être délivrée, devient le levier de l’oppression. Les civils ne sont plus des protégés mais des pions, transformés en boucliers humains par des rebelles en déroute. Emmanuel Levinas nous rappelle l’éthique bafouée : « La responsabilité pour autrui est le fondement même de l’humanité ».
Le pillage, la peur et la dissimulation derrière les civils ne sont pas de simples crimes de guerre : ils sont l’expression même d’une humanité perdue, de l’ombre de ce qu’est censé être un mouvement de libération. Paul Collier, spécialiste des conflits armés, le souligne : « De nombreux groupes rebelles évoluent vers des économies de guerre où la violence sert avant tout à l’enrichissement et à la survie du groupe ».
À Uvira, cette économie de guerre s’exprime en maisons fouillées, en commerces éventrés et en vies brisées. La « libération » n’est plus qu’un costume que les rebelles ont jeté à même les ruines. Jean-Jacques Rousseau résume cette tragédie : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit. »
Dans cette ville, il n’y a pas de droit, seulement le vacarme métallique des portes fracassées, l’éclat des vitres brisées, et le fracas d’une confiance trahie. Uvira est le miroir des illusions d’un pouvoir qui se croyait libérateur et qui s’avère prédateur.
Didier BOFATSHI