Dans l’est de la RDC, les maux de la guerre ne se mesurent pas seulement par les armes, mais par les maladies qu’elle libère. À Uvira, le choléra frappe Sangé comme un spectre prolongé du conflit : déplacements massifs, infrastructures détruites et précarité transforment la région en terrain fertile pour l’épidémie. Comme le rappelle la spécialiste en santé mondiale : « Les conflits prolongés créent des conditions idéales pour la résurgence des maladies hydriques, transformant l’eau en vecteur invisible de la mort ».
Déplacement et promiscuité : la guerre comme vecteur
Les combats forcent les populations à fuir, s’entassant dans des sites temporaires. Cette promiscuité et l’accès limité à l’eau potable renforcent la transmission. Selon A. Cronin « les camps de déplacés dans les zones de conflit sont souvent les catalyseurs d’épidémies de choléra et de diarrhées aiguës. » Ndunda, avec 188 cas et un décès, illustre tragiquement ce phénomène.
Infrastructures sanitaires en ruine
Les violences détruisent les postes de santé et limitent le personnel qualifié. R. Guerrant souligne que « la capacité d’un système de santé à répondre à une épidémie est directement corrélée à la stabilité politique et à l’intégrité de ses infrastructures ». Les retards dans la prise en charge entraînent une mortalité évitable, aggravée par la négligence communautaire.
Une épidémie symptomatique d’un conflit prolongé
Le choléra à Uvira n’est pas un accident : il est la conséquence directe des guerres locales. Comme le résume O. Sack : « Les épidémies dans les zones de conflit sont souvent le miroir des fractures sociales et politiques, où chaque combat se traduit en crise sanitaire. » Ici, la rivière Shange devient symbole de cette vulnérabilité, transportant à la fois l’eau et le risque.
La riposte sanitaire doit donc s’accompagner d’une stratégie de sécurité et de stabilisation : sans paix, le choléra continuera de marcher derrière les combats.
Didier BOFATSHI