À Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, la frontière avec le Burundi reste fermée. Un mois après le retrait de l’AFC/M23, les armes se sont tues, mais la ville suffoque. Les marchés s’étiolent, les familles se déchirent, les pirogues griffent la nuit du lac Tanganyika. La sécurité invoquée protège-t-elle la paix, ou suspend-elle la vie ?
Marchés fantômes
Les étals clairsemés disent plus que les discours. Uvira vivait au rythme de Bujumbura. Aujourd’hui, l’économie tourne à vide. Albert Hirschman l’écrivait : « Le commerce crée des liens plus solides que les traités. » Les liens rompus exposent la fragilité. La frontière n’est plus une couture ; elle devient garrot.
Eaux nocturnes
Des jeunes traversent le lac, à la dérive sur des bidons. Deux n’ont pas atteint la rive. La fermeture administrative accouche d’odyssées clandestines. Hannah Arendt rappelait que « le droit d’avoir des droits commence avec le droit d’appartenir ». Ici, l’appartenance est suspendue. La ligne frontalière cesse d’être protection ; elle devient exclusion.
Souveraineté fissurée
Le gouverneur du Sud-Kivu évoque son « sentiment d’impuissance ». La menace n’est pas loin, dit-il. Bertrand Badie observe que « l’impuissance naît d’une souveraineté fragmentée ». La province attend, la diplomatie calcule. La frontière devient le théâtre d’une prudence régionale qui pèse d’abord sur les civils.
La paix en apnée
La signification cachée affleure : si la normalisation était acquise, la réouverture serait un geste fort. Son absence révèle une stabilisation fragile. Zygmunt Bauman avertissait : « La peur est devenue la plus efficace des politiques. » À Uvira, elle est aussi la plus coûteuse.
La question demeure, nue : peut-on sécuriser en étouffant ? « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », écrivait Friedrich Hölderlin. Encore faut-il ouvrir l’horizon.
RFI / voltefaceinfos7.com