En affirmant que les accords de Doha et de Washington ne sauraient être assimilés à une amnistie, Félix Tshisekedi rompt avec une tradition congolaise où la paix rimait trop souvent avec l’oubli judiciaire. Dans un pays meurtri par des décennies d’exactions, le président choisit la justice comme rempart contre l’histoire cyclique de la violence.
Un discours comme un coup de tonnerre dans le ciel lourd de l’Est
Le 8 décembre 2025, depuis le Palais du Peuple, Félix Tshisekedi a lancé une phrase qui claque comme une porte refermée sur un passé d’accommodements : « Ces accords ne sauraient en aucun cas être interprétés comme une amnistie ». Une mise au point nette, presque tranchante, qui vise à faire barrage à toute tentative de dévoyer les engagements diplomatiques récents signés avec le Rwanda.
L’heure n’est plus aux arrangements. Encore moins aux illusions. Dans un pays où trop de traités ont servi d’ultime refuge aux fauteurs de guerre, le président entend désormais poser un principe cardinal : la paix se négocie, mais la justice, jamais.
Défaire l’héritage des amnisties : l’arme dissuasive d’un État qui se veut debout
La RDC porte dans ses archives une série d’amnisties qui, au lieu d’éteindre les foyers de violence, les ont souvent nourris. Des chefs rebelles devenus généraux, des seigneurs de guerre intégrés aux institutions, des réseaux dissous puis réactivés : la spirale congolaise de l’impunité a façonné une équation dangereuse où prendre les armes pouvait devenir un raccourci vers la respectabilité.
Tshisekedi veut briser cette géométrie mortifère. Le refus catégorique d’amnistier quiconque auteur, complice ou commanditaire se présente dès lors comme un message dissuasif, un signal envoyé aux multiples “périphéries du pouvoir” suspectées, par l’État ou par l’opinion, d’entretenir des arrière-cours politiques et militaires dans la guerre de l’Est.
Pas de sanctuaire, pas de parapluie politique, pas de retour par la grande porte.La justice, dit-il, « suivra son cours, avec rigueur et détermination ».
Accords internationaux : leviers diplomatiques, pas cartes blanches
Doha et Washington ne sont pas des sésames pour l’oubli. Ils sont présentés par Tshisekedi comme de simples instruments, des « leviers » destinés à accélérer le retrait des forces étrangères, à isoler les groupes armés, à couper les artères financières et territoriales de la rébellion.
Il s’agit d’ouvrir des brèches diplomatiques pour contenir l’incendie, sans jamais sacrifier la justice au nom de la paix. Une ligne de crête difficile, mais assumée. Dans cette architecture nouvelle, la diplomatie est la main tendue, la justice est la colonne vertébrale.
À l’Est, l’attente brûle et la méfiance demeure
Dans le Kivu, l’Ituri, les Hauts Plateaux, les populations vivent dans une attente fébrile, presque douloureuse : celle que cesse enfin l’impunité qui a rongé l’État, vidé la confiance publique, et transformé chaque cessez-le-feu en trompe-l’œil.
En jurant qu’aucun accord ne couvrira les crimes du voile de l’amnistie, le chef de l’État cherche à rassurer une société écorchée, pour laquelle la justice n’est plus seulement une institution, mais un acte de réparation symbolique, une respiration après des décennies d’asphyxie.
Une rupture politique assumée : justice pour horizon
Ce discours n’est pas qu’une déclaration. C’est une rupture. Une tentative de renverser la logique qui a façonné le destin du Congo depuis l’époque des rébellions successives : l’idée perverse selon laquelle un fusil peut ouvrir les portes du pouvoir plus sûrement qu’un bulletin de vote.
En se posant en gardien de la responsabilité pénale, Tshisekedi tente d’imposer une nouvelle grammaire politique : une grammaire où le crime ne mène plus au dialogue, où le sang ne mène plus à la négociation, où la violence ne mène plus à une chaise vide que l’État viendrait remplir de concessions.
Un pari contre l’histoire
Briser le cycle de l’impunité en RDC est un pari colossal, presque mythique. C’est vouloir rompre avec l’un des plus vieux mécanismes de reproduction de la violence sur le territoire. C’est refuser que le pays continue de ressembler à une horloge cassée, répétant les mêmes heures sombres.
La fermeté affichée par le président Tshisekedi ouvre une nouvelle piste :celle d’un État qui ne cherche plus à composer avec la violence, mais à la contenir, la juger, la désarmer par la vérité judiciaire plutôt que par des compromis fragiles. Reste à savoir si cette fois, l’histoire acceptera de tourner la page.
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