Sous les dalles feutrées de l’AfricaMuseum, à Tervuren, dorment jusqu’à quatre millions de rapports, cartes et photographies du sous-sol de la République démocratique du Congo. Kinshasa réclame leur numérisation ; Bruxelles l’a lancée avec un financement européen d’environ deux millions d’euros. Mais une société américaine, KoBold Metals, veut accélérer et réaliser elle-même l’opération. Refus belge. Les archives deviennent enjeu stratégique.
Sous-sol d’archives, trésor d’État
Cinq cents mètres linéaires de mémoire minérale : des cartes tracées à la main, des rapports dactylographiés, des clichés de terrain. « La digitalisation est la manière la plus efficace de partager ces archives », plaide la direction du musée. La promesse : un accès scientifique, ouvert, non exclusif. « Le savoir est un bien commun », écrivait Edgar Morin. Ici, le savoir géologique vaut pouvoir.
Numériser, c’est gouverner
Le service géologique congolais a défini des zones prioritaires ; huit experts ont été recrutés pour un chantier de trois ans. Derrière la technique, une souveraineté : maîtriser l’information sur le cuivre et le cobalt, c’est orienter l’exploration et négocier les contrats. « La connaissance, c’est le pouvoir », rappelait Francis Bacon. À l’ère des minerais critiques, la formule prend un relief incandescent.
L’offensive privée
En RDC, KoBold Metals a signé un accord de principe pour lancer un vaste programme d’exploration et propose de dépêcher une équipe aux archives. Soutenue par des investisseurs de premier plan, l’entreprise veut aller vite. Bruxelles oppose le cadre : pas d’accès privilégié, pas d’exclusivité. « Les institutions vivent de règles », notait Max Weber. Le musée invoque l’intérêt public ; l’entreprise, l’efficacité.
Mémoire coloniale, futur énergétique
Ces documents sont aussi héritage d’une histoire partagée et parfois contestée. Les rendre accessibles sans les privatiser, c’est arbitrer entre mémoire et marché. « La paix est un processus », disait Kofi Annan ; la coopération scientifique aussi.
De Tervuren à Kinshasa, la bataille ne se joue pas à la mine mais dans les métadonnées. Elle interroge la souveraineté des ressources et la gouvernance du savoir. Et comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Nommer, classer, partager : tel est le vrai gisement.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com