Il existe des vies qui ne se racontent pas : elles se contemplent comme on contemple un vitrail où la lumière danse. Celle de l’Évêque Moïse KONGOLO fut de ces vies-là un souffle posé sur la terre, une marche habitée, un chant discret que Dieu lui-même semblait murmurer.
Entre miracles silencieux, fidélité tenace et semailles spirituelles, il traversa son époque comme un pèlerin dont les pas écrivent l’Évangile au sol. Aujourd’hui encore, son ombre ne pèse pas : elle éclaire.

Le souffle d’un élu : quand une vie devient parabole
Il était de ces hommes dont la présence ressemble à une prière debout. Moïse KONGOLO MWAMBA MWANA MBUYU, né le 5 mai 1945, fut le dernier cri d’une fratrie éteinte trop tôt un survivant devenu promesse, une braise portée par la main de Dieu. Enfant silencieux mais habité, il grandit comme un verset que le ciel aurait laissé ouvert dans le livre du monde.
À dix ans déjà, il choisit la foi comme d’autres choisissent un chemin ; mais pour lui, ce fut une route intérieure, une migration vers la lumière. À treize ans, l’eau du baptême l’engloutit pour mieux l’élever. À quatorze ans, diacre et guide des femmes, il portait une sagesse trop vaste pour un adolescent, comme si l’appel divin avait décidé de brûler les étapes.

En 1960, une prophétie vint déplier devant lui une carte invisible : Kinshasa, terre promise, future matrice d’une communauté encore en sommeil. Il y arriva en 1966, simple étudiant mais pèlerin secret, soldat au Camp Kokolo le jour, serviteur infatigable la nuit. Dans la rumeur militaire, son cœur battait déjà au rythme du Royaume.
L’homme qui plantait des églises : la moisson d’un marcheur
De 1969 à 1975, aux côtés d’Alexandre AYIDINI ABALA, il sillonna la ville comme un semeur d’aurores. Groupe après groupe, prière après prière, il semait l’Évangile dans le béton assoiffé de Kinshasa. À Binza, une étoile apparut un jour en plein ciel signe céleste ou simple consolation divine, peu importe : l’homme et son étoile marchèrent ensemble.
Par son zèle, huit églises naquirent, ainsi que des écoles, jetant les fondations d’une 30ᵉ Communauté vibrante, enracinée, debout. Plus tard, après d’autres traversées ministérielles et saisons de service, il fonda en 2001 la Communauté Pentecôtiste Mont-Horeb, devenue un phare, un refuge, une montagne spirituelle pour Kinshasa, le Kongo-Central, l’Équateur et le Grand Katanga.
Le 14 juillet 1974, il s’unit à Christine ILUNGA MWASI MUKE, sa compagne de route, son écho, son souffle parallèle. De leur union naquirent douze enfants six fils, six filles comme un clin d’œil biblique aux douze tribus d’Israël, comme si Dieu avait voulu écrire une généalogie prophétique en chiffres.
L’empreinte d’un marcheur, l’héritage d’un modèle
Pendant soixante-dix ans, Moïse MWAMBA MWANA MBUYU marcha avec Dieu. Lentement, fidèlement, patiemment comme on avance dans un désert sûr de la Source, comme on vieillit dans un amour qui ne s’éteint jamais. En 2025, à 80 ans, il rejoignit Celui qu’il servit avec constance, laissant derrière lui des églises vivantes, des communautés enracinées, des disciples debout et une trace lumineuse que le temps ne pourra ronger.
Aujourd’hui, son souvenir n’est pas une pierre tombale : c’est un chemin. Une direction. Un modèle. Pour la génération montante des serviteurs de Dieu, sa vie devient une boussole : preuve qu’une fidélité sans bruit peut traverser les années, qu’un cœur donné peut bâtir des montagnes, qu’un pas après l’autre, on peut vraiment marcher jusqu’à la lumière.
Didier BOFATSHI