RDC : Quand l’autel et le palais s’affrontent, la crise dépasse les mots

À Kinshasa, les mots claquent comme des éclairs dans un ciel déjà chargé. En accusant l’Église catholique de manœuvres politiques et de « victimisation », le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, ravive une fracture ancienne entre le pouvoir et l’un des contre-pouvoirs les plus influents du pays. Derrière la polémique, se dessine une bataille plus profonde : celle de la légitimité, du récit national et de l’avenir politique de la RDC.
Le deal minier, étincelle d’un brasier politique
Tout part d’une critique. Celle de Mgr Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi et président de la CENCO, dénonçant le partenariat stratégique RDC–États-Unis, ex-« deal minier », qu’il assimile à un bradage des ressources nationales. Pour le pouvoir, l’attaque est frontale. Augustin Kabuya balaie ces propos, parle « d’agitations » et accuse l’Église de chercher la faute du régime pour se poser en victime. Le débat économique glisse alors vers le terrain miné de la loyauté nationale.
Sécurisation du discours, délégitimation de la parole
Dans la rhétorique du parti présidentiel, la critique ecclésiale devient soupçon. Collaboration avec des ennemis du pays, proximité avec des figures contestées, ingérence régionale : le vocabulaire se durcit, la parole se militarise. Le pouvoir transforme ainsi une divergence politique en enjeu sécuritaire, déplaçant le centre de gravité du débat. Le silence du président Tshisekedi, présenté comme sagesse stratégique, contraste avec la virulence de ses lieutenants.
Le Pacte social, l’ombre portée d’un contre-pouvoir
Au cœur de la discorde, le « Pacte social pour la paix », porté par la CENCO et l’ECC. Un cadre de dialogue inclusif, jugé nécessaire par les Églises, mais perçu par le régime comme une remise en cause de son monopole politique. Tandis que Kinshasa mise sur les processus de Washington et de Doha pour répondre à la crise sécuritaire, l’Église plaide pour une réponse politique globale. Deux lectures, deux chemins, une même urgence.
En toile de fond, une question demeure : dans un pays meurtri par des décennies de conflits, qui a le droit de dire le bien commun ? Et à quel prix ?
Didier BOFATSHI

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