Un mot peut devenir une arme. En République démocratique du Congo, les propos attribués au porte-parole de l’armée, le général Sylvain Ekenge, visant les femmes de la communauté tutsi, ont franchi la ligne rouge. De Kinshasa à Bruxelles, l’onde de choc est immédiate. La Belgique dénonce un discours de haine « indigne », pendant que l’État congolais tente d’éteindre l’incendie par une suspension. Derrière la polémique, c’est la fragilité de la cohésion nationale qui affleure.
Une parole officielle qui fissure le pacte républicain
Lorsque la voix censée rassurer se met à diviser, le verbe devient fracture. En associant une communauté entière à une menace sécuritaire, et en réduisant les femmes tutsies à des stéréotypes d’espionnage, le discours incriminé a réveillé des peurs anciennes. Dans un pays meurtri par les conflits armés et les lignes ethniques instrumentalisées, cette rhétorique agit comme un silex sur une terre sèche.
Bruxelles siffle la faute, Kinshasa sous pression
La réaction belge, ferme et sans détour, sonne comme un rappel à l’ordre diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, dit son « choc » et rejette toute parole excluante. Un message clair : la stabilité ne se bâtit pas sur l’ostracisme. Cette condamnation internationale place Kinshasa face à ses responsabilités, alors que l’opposition y voit le reflet d’un climat politique plus large.
Suspension, et après ? Le test de la responsabilité
La suspension du général Ekenge par l’état-major apparaît comme un pare-feu institutionnel. Mais elle ne suffit pas à dissiper les braises. Au-delà de la sanction administrative, se pose la question de la reddition des comptes et du message adressé aux citoyens. Dans la région des Grands Lacs, où les mots ont déjà précédé les tragédies, la vigilance n’est pas un luxe.
En filigrane, une évidence s’impose : l’unité nationale se cultive par la retenue, la loi et l’inclusion jamais par la stigmatisation.
Didier BOFATSHI