Une salle fermée, une conférence déplacée, une parole reléguée dehors. À Kinshasa, l’empêchement d’un échange entre Martin Fayulu et des étudiants relance une question centrale : l’espace démocratique en RDC est-il en train de se rétrécir ? L’opposition dénonce, les autorités invoquent la loi. Entre ordre public et libertés, la démocratie congolaise avance sur une ligne de fracture.
Une porte close comme symptôme
Dimanche 21 décembre, à la Cité Verte de Selembao, l’accès à une salle de conférence est refusé à Martin Fayulu, coordonnateur de Lamuka. Le débat prévu avec des étudiants se tient finalement en plein air. L’image frappe : une démocratie exposée, sans abri, soumise aux vents contraires du pouvoir. Pour Lamuka, l’incident dépasse le cadre logistique. Il s’ajoute à une série d’entraves dénoncées comme systématiques à l’encontre de l’opposition politique.
La loi, invoquée ou instrumentalisée ?
Dans une déclaration publique, Prince Epenge dénonce une restriction de l’espace démocratique et une application sélective des règles. Selon lui, les manifestations de l’opposition sont régulièrement empêchées, tandis que celles du parti présidentiel et de l’Union sacrée se déroulent sans obstacle. À l’inverse, le bourgmestre de Selembao affirme que l’activité n’avait pas été légalement notifiée et rappelle que la démocratie implique aussi le respect des procédures. Deux lectures d’un même fait, révélatrices d’une confiance institutionnelle fragilisée.
Une démocratie formelle sous pression
Au-delà de l’incident, c’est la nature même du pluralisme congolais qui interroge. Le pays dispose d’institutions démocratiques, mais l’accès réel à l’espace public reste étroitement surveillé. La sécurité est invoquée, la stabilité brandie, pendant que la liberté d’expression se négocie au cas par cas. À force de restrictions répétées, le risque est moins l’explosion que l’érosion : celle d’une confiance citoyenne déjà éprouvée, et d’un débat public qui se déplace hors des cadres officiels. En RDC, la démocratie ne s’effondre pas dans le fracas. Elle s’use à bas bruit, porte après porte, salle après salle.
Didier BOFATSHI