
La déclaration de Mfumu Ntoto, figure de la mouvance présidentielle, a résonné comme une déchirure dans le tissu déjà fragile de l’Union sacrée. En dénonçant sa marginalisation et en évoquant la possibilité de rejoindre l’AFC-M23, l’acteur politique ne révèle pas seulement une frustration personnelle. Il expose une fracture morale plus vaste, celle d’un engagement conditionné, où l’individu supplante la nation dans un pays pourtant agressé.
Les faits, d’abord. Après quatre années de loyauté revendiquée envers le président Félix Tshisekedi, Mfumu Ntoto affirme n’avoir reçu ni nomination ni reconnaissance politique. Le 5 janvier, la lassitude s’est muée en avertissement : « Je suis fatigué d’attendre. » Le camp présidentiel n’a, à ce stade, pas réagi.
La loyauté réduite à une créance
Le discours ne convoque ni idéologie ni vision nationale. Il dresse un inventaire personnel. Cette logique rappelle l’analyse de Frantz Fanon, pour qui certaines élites postcoloniales transforment l’engagement politique en quête de privilèges, incapables de « porter un projet collectif ». La fidélité devient une créance, la politique un échange différé.
Quand la guerre devient option
La menace de rejoindre une rébellion, dans un contexte d’agression armée, franchit un seuil symbolique. Hannah Arendt rappelait que la violence, privée de finalité collective, ne produit que le vide du sens. Ici, la guerre est réduite à un instrument de pression, un raccourci cynique où la souffrance nationale se dissout dans le ressentiment individuel.
La fracture morale des élites
Jean-François Bayart parlait d’une « politique du ventre », où l’État est perçu comme une ressource à consommer. Achille Mbembe, lui, décrivait un pouvoir vécu comme une extension des désirs personnels. La sortie de Mfumu Ntoto s’inscrit dans cette lignée : l’ennemi n’est plus l’agression contre la RDC, mais l’absence de récompense.
En creux, cette affaire interroge la solidité de l’idéal républicain. Elle rappelle que lorsque la loyauté se négocie et que la patrie s’efface du discours, la fracture entre l’État et la nation devient béante et dangereusement visible.
Didier BOFATSHI