Quand la justice se retourne vers le peuple : la réforme Ngefa à l’épreuve de 2026

Dans le marbre solennel de la Cour constitutionnelle, la justice congolaise a semblé, l’espace d’un instant, se pencher vers la rue. En fixant les priorités de 2026, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a replacé le citoyen au centre du récit judiciaire. Une ambition qui convoque autant la rigueur des textes que la confiance des consciences.

Dès l’ouverture des échanges entre le ministère et le Conseil supérieur de la magistrature, un axe s’est imposé : contrôler la justice pour mieux servir ceux qu’elle juge. Le projet de création de l’Inspectorat général des services judiciaires et pénitentiaires agit comme une lampe braquée sur les angles morts de l’institution. « Le contrôle est l’âme de l’administration publique », écrivait Jeremy Bentham. À Kinshasa, cette maxime prend la forme d’un outil de supervision pensé comme un rempart contre l’arbitraire.

La justice face à son miroir

Les sanctions disciplinaires infligées à des magistrats impliqués dans des affaires de spoliation foncière ont valeur de symbole. La justice accepte de se regarder, sans fard. Max Weber rappelait que l’autorité de l’État repose sur la croyance en la rationalité de ses institutions. En frappant ses propres déviances, l’appareil judiciaire tente de restaurer ce que Pierre Bourdieu appelait le capital symbolique de l’État : cette confiance invisible sans laquelle la loi devient suspecte.

Exécuter le droit sans l’abîmer

Les débats sur les saisies et l’exécution des décisions ont mis en lumière une faille récurrente du système. Une justice qui exécute mal, ou trop vite, fragilise le climat des affaires et les droits des citoyens. « La cohérence normative fonde la validité du droit », soutenait Hans Kelsen. Le rappel du respect strict du droit OHADA s’inscrit dans cette logique : sécuriser l’exécution pour stabiliser la société.

2026, l’année de la preuve

La réforme portée par Guillaume Ngefa se veut institutionnelle, éthique et sociale. Elle épouse la vision d’Amartya Sen, pour qui la justice se mesure à ses effets réels sur la vie des individus. Mais la faisabilité dépendra de la constance politique, des moyens alloués et de l’adhésion du corps judiciaire. Michel Crozier avertissait déjà : toute réforme échoue si elle ne transforme pas les comportements internes.

À l’orée de 2026, la justice congolaise est donc attendue au tournant. Non plus seulement comme un pouvoir, mais comme un service. Un pari exigeant, où la loi est appelée à redevenir, selon les mots de Montesquieu, « la raison humaine appliquée au gouvernement des peuples ».

Didier BOFATSHI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *