Kinshasa, la Haute Cour militaire a recentré le procès du lieutenant-général Philémon Yav sur une phrase brève, lourde comme une accusation de trahison. Au cœur des débats : un message attribué à des cercles militaires étrangers, où le nom du général Cirimwami surgit comme un obstacle à un « projet » obscur.
Vendredi 19 décembre 2025, dans la solennité tendue du prétoire de la Haute Cour militaire à Kinshasa, quelques mots ont suffi à cristalliser un procès aux allures de séisme institutionnel. Accusé de trahison, le lieutenant-général Philémon Yav Irung voit son sort suspendu à un message adressé au feu général-major Peter Cirimwami Nkuba, ancien gouverneur militaire intérimaire du Nord-Kivu.
Une phrase qui pèse plus qu’un dossier
« Ce Cirimwami-là retarde sérieusement notre projet ». Courte, sèche, presque anodine, la phrase est devenue l’épicentre de l’accusation. Selon le ministère public, ce message, attribué à Séraphin Sekoko présenté comme secrétaire particulier du général rwandais James Kabarebe aurait été relayé par le général Yav à Cirimwami. Pour l’Auditeur général, ces mots s’inscrivent dans une logique d’atteinte à la sécurité de l’État.
Cirimwami, l’absent omniprésent
Bien que décédé, le général-major Peter Cirimwami Nkuba demeure central dans les débats. Gouverneur militaire intérimaire du Nord-Kivu, il incarnait l’autorité de l’État dans une province meurtrie par l’insécurité. Dans le message incriminé, son nom devient métonymie de l’effort de guerre congolais — un obstacle à écarter, selon l’accusation.
La trahison, un seuil judiciaire extrême
En retenant l’infraction de trahison prévue par le Code pénal militaire, le ministère public place la barre au plus haut. Il ne s’agit plus seulement d’un échange d’informations, mais d’une intention présumée de nuire à l’intégrité territoriale. Toute la procédure se joue désormais sur cette frontière ténue entre ambiguïté et faute capitale.
La défense et le temps judiciaire
Lors de l’audience de vendredi, la Haute Cour militaire a identifié le prévenu et reçu un mémoire unique de la défense sollicitant une mise en liberté provisoire. Les parties ont été invitées à déposer leurs listes de témoins, tandis que l’examen des requêtes est renvoyé à une audience ultérieure.
Au-delà de Philémon Yav, ce procès interroge la solidité des lignes de loyauté au sommet de l’appareil militaire congolais. Le dossier sera repris le mardi 6 janvier 2026. D’ici là, ce message continuera de résonner, comme une phrase suspendue entre le soupçon et la preuve, dans un pays où la guerre se joue aussi dans les mots.
Didier BOFATSHI