Addis-Abeba a vibré d’une parole ferme : « aucune tolérance pour les changements de pouvoir anticonstitutionnels ». Au terme du 39ᵉ sommet de l’Union africaine, l’institution a brandi le glaive de la légalité. Mais derrière la formule, une autre musique s’est faite entendre : celle du pragmatisme, du dialogue maintenu, de la stabilité recherchée à tout prix.
Le glaive et l’étreinte
La norme est proclamée. Pourtant, la salle Nelson Mandela a accueilli des figures issues de transitions militaires. La main n’a pas été retirée, malgré le sabre. « La formalité institutionnelle masque fréquemment des recompositions pragmatiques du pouvoir », écrivait Jean-François Bayart. L’UA ne cède pas : elle compose. Elle condamne, mais elle parle. Elle exclut, mais elle accompagne. Ici, la realpolitik épouse le droit sans l’embrasser tout à fait.
Souveraineté en majesté
Sur la guerre à l’Est de la RDC, le message est clair : l’Afrique pilotera. Le président Évariste Ndayishimiye et le chef de la Commission Mahmoud Ali Youssouf ont insisté : la médiation ne sera pas sous tutelle. « L’Afrique ne peut demeurer un objet de l’histoire écrite par d’autres », rappelle Achille Mbembe. Le sommet sonne ainsi comme une reconquête narrative : moins d’intermédiaires, plus de centralité.
La mémoire comme brasier
Colonisation reconnue comme crime contre l’humanité. Traite négrière portée devant l’ONU. La diplomatie devient mémoire active. Comme l’analysait Samuel Huntington, « la mémoire devient un instrument de puissance ». L’Afrique transforme la douleur en levier, le passé en tribune.
Stabilité ou pureté ?
Tolérance zéro, dialogue maintenu : le paradoxe est assumé. L’UA choisit la stabilité régionale plutôt que l’absolu doctrinal. Elle tient la ligne, mais refuse l’isolement stratégique. En creux, une vérité surgit : le continent ne veut plus subir l’histoire, il veut la cadrer.
Le sommet n’a pas seulement parlé de coups d’État ; il a parlé de place. Place dans la médiation, place dans la mémoire, place dans le monde. « Produire sa propre centralité », dirait Achille Mbembe.
Et si l’Afrique, en dressant le glaive sans lâcher la main, annonçait enfin sa mue géopolitique ? Comme l’écrivait Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Le continent semble avoir choisi.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com