Guerre dans l’est de la RDC : quand le Burundi accuse le Rwanda, et que les Grands Lacs retiennent leur souffle

Dans les collines tremblantes du Sud-Kivu, un grondement ancien se réveille. Le Burundi accuse le Rwanda d’avoir fait tomber trois bombes sur son sol éclats de métal, éclats de mémoire. Entre l’AFC/M23, les FARDC, les drones et les frontières qui vacillent, la guerre ruisselle, déborde, cherche de nouveaux lits. Les Grands Lacs, eux, écoutent, inquiets, le crépitement de cette rivalité redevenue braise. Une région entière respire court, comme au bord d’un précipice.
La frontière, ce fil de rasoir où danse la guerre
Le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, n’a pas parlé : il a frappé.Ses mots, lourds comme des cailloux jetés dans un lac calme, ont fait des cercles jusque dans les chancelleries voisines : le Rwanda, dit-il, a bombardé le territoire burundais. Trois bombes tombées comme trois rappels du passé. Un enfant blessé. Une femme touchée. Et tout un pays soudain raidi, les poings serrés sur sa souveraineté. « Nous ne tolérerons plus », a-t-il déclaré. Phrase sèche comme un tronc de bambou cassé net.
Sur le sol congolais, les troupes s’effleurent déjà
Au Sud-Kivu, là où les collines ondulent comme des serpents fatigués, les troupes burundaises et les rebelles de l’AFC/M23 se détestent à portée de fusil. Selon Gitega, Kigali aurait même frappé ces positions-là celles des soldats burundais engagés aux côtés des FARDC.
Des drones ont tournoyé comme des rapaces de métal. Des bombes auraient tressé leurs lueurs dans plusieurs secteurs. La guerre ne frappe plus seulement la terre congolaise : elle s’étire, affamée, vers les frontières. Cibitoke a été touché. Les témoins disent que la nuit y a eu un bruit de tonnerre venu d’ailleurs.
Le Sud-Kivu devient l’enclume de8s rancœurs anciennes
Il y a, dans la montée des violences, un parfum de déjà-vu. Une réminiscence de ces années où Kigali et Gitega se regardaient comme deux volcans, prêts à entrer en éruption. D’un côté, le Rwanda, accusé depuis longtemps par l’ONU et plusieurs capitales de soutenir militairement l’AFC/M23 une accusation qu’il balaie toujours d’un revers de la main. De l’autre, le Burundi, partenaire de Kinshasa, venu combattre Red Tabara et repousser l’avancée rebelle.
Entre les deux, un morceau de terre congolais : un corridor de guerre, un théâtre trop étroit pour des armées trop proches, un lieu où le silence peut être une erreur stratégique, et un tir de mortier, une déclaration de guerre.
Les Grands Lacs, ce miroir brisé où chaque fissure compte
Dans cette région où chaque colline porte la mémoire des anciennes batailles, on sait trop bien ce qu’une étincelle peut devenir. Une bombe mal placée, un drone trop bas, un soldat trop nerveux et les frontières se transforment en cicatrices ouvertes.
La RDC, elle, devient le champ où s’affrontent les peurs de ses voisins. Ses villages, les pages d’un livre que d’autres écrivent à sa place. Ses montagnes, les postes d’observation de deux nations qui se défient même lorsqu’elles se taisent. Le conflit n’est plus seulement une histoire congolaise. Il est devenu un écho : un bruit qui rebondit sur trois capitales, quatre armées, des dizaines de groupes armés, et un ciel strié de drones.
Une diplomatie qui parle bas, quand les armes parlent fort
Les organisations régionales se taisent. Les grandes puissances observent, immobiles.L’ONU alerte, encore, encore, toujours, comme un veilleur qui crie dans la nuit mais que personne n’écoute. Le Burundi, lui, a planté son drapeau dans le sable et dit ceci :« Un pas de plus, et nous répondrons». Le Rwanda, fidèle à son habitude, ne confirme rien, ne nie rien, laisse flotter ses mots comme des fumées froides dans l’air du matin. Le futur, une route qui se craquelle
La région avance au bord d’une falaise. Si Kigali et Gitega continuent de s’accuser, de se frôler, de s’atteindre, alors la guerre congolaise pourrait devenir autre chose une guerre entre États, une guerre de frontières, une guerre qui ne dit pas son nom mais dont on entend déjà le souffle.
Le Sud-Kivu est un tambour. Chaque bombardement y résonne comme un avertissement.Chaque silence, comme un présage. Et chaque drone, comme une chance que le pire se produise.
Article rédigé par Didier BOFATSH
Source : voltefaceinfos7.com

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