Suspendu entre cendres et espoirs, l’aéroport de Goma reste le dernier souffle d’une ville captive. Depuis que le M23 a pris le contrôle, les pistes sont muettes, les radars détruits, et la population attend l’aide humanitaire qui peine à franchir les obstacles du conflit. Pour Thérèse Kayikwamba, seule la MONUSCO peut rouvrir cette porte fragile, transformer ce cœur brûlé en bouée de vie et restaurer un fragile équilibre entre survie et souveraineté.
Ciel fermé, vies en suspens
L’aéroport de Goma, jadis cœur battant de la ville, reste un squelette de béton et de silence depuis que les rebelles du M23 ont pris la ville. Selon Thérèse Kayikwamba, ministre des Affaires étrangères de la RDC, interviewée par Deutsche Welle (DW) lors de la 61ᵉ Conférence de Munich sur la sécurité, février 2026, « La question de l’aéroport de Goma est très stratégique et très importante. Elle n’est pas seulement importante sur le plan logistique ; elle est cruciale, car cet aéroport constitue une bouée de sauvetage pour l’accès humanitaire et une voie d’approvisionnement essentielle pour l’acheminement de l’aide sur le terrain. »
Comme le souligne Martha Nussbaum, “la liberté réelle dépend de l’accès effectif aux biens qui soutiennent la dignité”. Chaque piste détruite, chaque radar réduit en cendres, résonne comme un cri des vies suspendues.
Neutralité fragile, confiance en équilibre
Confier la sécurité à la MONUSCO, c’est tendre un fil entre deux abysses. Kayikwamba insiste : « Nous attendons de la MONUSCO qu’elle joue un rôle clé dans la sécurisation de l’aéroport et qu’elle veille à ce que l’accès soit établi avant tout à des fins humanitaires. » John Rawls l’aurait résumé : “Juste est ce que les règles seraient adoptées sous un voile d’ignorance”. La MONUSCO devient le voile protecteur entre la politique et l’urgence, entre le pouvoir et l’humanité.
Dépendance invisible, piège invisible
Mais l’ombre de la dépendance plane. Pierre Bourdieu avertit : “On risque de perdre le sens et la maîtrise des enjeux propres”. La RDC pourrait s’en remettre trop longtemps aux forces internationales, laissant s’étioler sa souveraineté sous le poids des missions étrangères. Chaque barrière franchie par la MONUSCO questionne l’autonomie du pays.
L’aéroport, miroir du destin
Plus qu’un terminal, l’aéroport devient symbole de légitimité et de survie. “Désamorcer les tensions et dépolitiser l’accès humanitaire”, martèle Kayikwamba : un défi poétique et cruel. Ce n’est plus seulement un lieu, mais le miroir des fractures et des aspirations d’une nation.
La réouverture de Goma n’est pas qu’un acte logistique : elle incarne le fragile équilibre entre humanité et pouvoir. Comme le disait Albert Camus, “La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent”. Et aujourd’hui, Goma attend que son souffle aérien sauve ses vies, sous le ciel lourd de promesses et de cendres.
Didier BOFATSHI / VF7, via voltefaceinfos7.com