À Mont-Ngafula, l’avenue Lomela se fait canal, un ventre de béton avalant la pluie et l’espoir. Les parcelles, naguère promesses d’un toit et d’une vie, se transforment en friches suspendues entre l’érosion et l’abandon.
Les hangars précaires se dressent le long des collecteurs, carcasses vulnérables défiant la rivière de béton. Le danger est tangible : inondations, effondrements, vies suspendues à un fil. Ici, l’utilité publique devient mur, et les droits des citoyens, poussière emportée par le courant. Contrairement à la rocade, où la main de l’État compense et reloge, l’avenue Lomela laisse derrière elle un sillage d’injustice. La loi congolaise murmure encore : expropriation égale compensation. Mais le murmure se perd dans le fracas de la planification incomplète et de la consultation absente.
Le choix de l’État trace un sillon inégal, où certains droits sont honorés et d’autres ignorés, là où le béton prétend tout balayer. La cohérence publique vacille : sécuriser l’espace urbain, oui, mais à quel prix humain ? Pour restaurer équilibre et confiance, il faudrait conjuguer indemnisation, dialogue, et harmonisation des projets urbains. L’avenue Lomela pourrait alors redevenir symbole de protection et non d’exclusion.
Aujourd’hui, elle demeure le miroir d’une tension : entre utilité publique et droits individuels, entre l’eau qui coule et les vies qui chancellent, entre le béton et la justice suspendue.
Didier BOFATSHI