Zeroual s’éteint : l’Algérie face à son miroir de feu

La présidence algérienne a annoncé le décès de Liamine Zeroual, ancien chef de l’État (1994-1999), disparu à 84 ans après une longue maladie. Un deuil national de trois jours a été décrété, scellant l’entrée dans la mémoire officielle d’un dirigeant façonné par les années de feu de la guerre civile.

L’État sous tension

Dans la lecture weberienne de l’État, le pouvoir de Zeroual s’inscrit dans le monopole de la violence légitime, mis à l’épreuve par l’effondrement sécuritaire des années 1990. Carl Schmitt éclaire cette séquence : « souverain est celui qui décide de la situation exceptionnelle », formule qui résonne avec une gouvernance dominée par l’urgence et la survie institutionnelle.

Les braises de l’histoire

La mort de Zeroual ravive, selon Pierre Nora, ces « lieux de mémoire » où les sociétés condensent leurs blessures historiques. L’Algérie des années 1990 redevient un récit brûlant, où la mémoire n’est jamais neutre. Paul Ricoeur rappelle que se souvenir, c’est aussi trier, oublier, reconstruire : le passé se recompose sous le poids du présent politique.

Le pouvoir en uniforme

Officier devenu président, Zeroual incarne ce que Samuel Huntington décrit comme la substitution temporaire de l’autorité militaire aux institutions civiles en période de désordre. Une souveraineté de transition, où l’uniforme devient architecture de l’État et rempart contre la fragmentation.

La mémoire en deuil

Le deuil national transforme la disparition en récit d’État. Foucault permet d’y lire une gestion symbolique du passé, où le pouvoir organise ce qui doit être retenu ou apaisé. L’événement devient miroir : celui d’une nation encore traversée par ses fractures, mais contrainte de les inscrire dans une continuité.

Au-delà de la disparition individuelle, c’est une page de souveraineté troublée qui se referme partiellement, sans s’effacer. Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir naît là où les hommes agissent ensemble », rappelant que l’histoire reste une construction vivante, jamais totalement close. La mémoire, elle, demeure un champ de tension permanent et ouvert.

Didier BOFATSHI

AFP / RFI / VF7, voltefaceinfos7.com

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