Au moins 35 morts. Un village vidé. Des survivants dissous dans la brousse. À Woro, dans l’État de Kwara, des hommes armés ont frappé et disparu, laissant derrière eux des chiffres incertains et une certitude brutale : la sécurité est arrivée trop tard. La police confirme l’attaque. Le gouverneur évoque des « cellules terroristes ». L’État nomme. Les morts, eux, restent sans voix.
La nuit qui gouverne
Qualifier l’attaque de « terroriste » installe le drame dans une guerre globale. C’est un mot-bouclier, un mot-frontière. Comme l’explique Barry Buzan, la sécurité naît d’un discours qui transforme l’événement en menace existentielle. Ici, le terme protège l’autorité, élargit l’ennemi, dilue la faute. Le village devient un point sur la carte d’un combat sans fin.
Le territoire qui fuit
Mais le récit trébuche. Aucun bilan officiel. Des corps peut-être encore cachés. La souveraineté, proclamée, se fissure sur le terrain. Max Weber rappelait que l’État repose sur le monopole de la violence légitime. À Woro, ce monopole a changé de mains le temps d’une nuit. Robert Jackson parlerait d’un État reconnu, mais débordé : présent dans la parole, absent dans la protection.
Les morts sans récit
Le texte officiel parle d’assaillants, pas de visages. Michel Foucault l’écrivait : le pouvoir produit le discours autant qu’il choisit ses silences. Ici, la violence devient statistique, l’insécurité routine. Hannah Arendt avertissait contre la banalisation : quand l’horreur se répète, elle s’use.
Woro n’est pas seulement un massacre : c’est un miroir. Un État qui nomme l’ennemi après coup, des villages qui comptent leurs morts avant d’être comptés. « Là où la parole arrive après la violence, la peur gouverne déjà. » Qui parlera pour Woro avant la prochaine nuit ?
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com