Washington capte. L’Afrique fournit. Ce mercredi, une quarantaine de délégations africaines convergent vers la capitale américaine pour un sommet sur les minerais critiques, convoqué par l’administration Trump. Objectif assumé : sécuriser les ressources stratégiques face à la Chine. Au centre du jeu, la République démocratique du Congo. Et avec elle, ses entrailles minérales cobalt, coltan, lithium devenues nerfs de la transition mondiale.
La table où se partage le sous-sol
Le président Félix Tshisekedi est arrivé à Washington à la tête d’une délégation congolaise. Deux mois après les accords de Washington, Kinshasa revient, non plus pour la paix, mais pour le minerai. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent parle de « partenaires du monde entier ». Mais dans cette diplomatie des métaux, les mots polis masquent une hiérarchie claire : celui qui possède la technologie négocie, celui qui possède la terre espère. Comme le notait Hans Morgenthau, « la politique internationale est une lutte pour le pouvoir, fût-il économique ».
La Chine en creux
Le sommet n’est pas contre l’Afrique. Il est contre Pékin. L’administration américaine veut desserrer l’étau chinois sur les chaînes d’approvisionnement. La RDC devient ainsi un champ de bataille silencieux. Le dossier Chemaf l’illustre : une mine d’abord proposée à des investisseurs chinois, désormais promise à une entreprise américaine. La géopolitique se fait métonymie : un gisement vaut une alliance.
La souveraineté sous contrat
Aucun projet concret n’est encore lancé. Les accords existent, les bulldozers attendent. Robert Keohane rappelait que l’interdépendance crée des asymétries durables. Ici, la dépendance est minérale, la promesse industrielle encore abstraite. L’Afrique négocie son avenir avec son passé enfoui.
Ce sommet parle d’avenir vert, mais creuse des questions anciennes : qui contrôle, qui transforme, qui profite ? « Les ressources ne sont pas une richesse, mais une épreuve de souveraineté », écrivait Samir Amin. À Washington, l’Afrique vend du sol. Reste à savoir si elle achète du pouvoir.
RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com