Vingt ans après sa promulgation par Joseph Kabila, la Constitution de la République démocratique du Congo continue de fasciner et d’inquiéter. Adoptée en 2006 par référendum avec 84,31 % des suffrages, elle reste, selon Olivier Kamitatu, un texte solide et ambitieux, mais dont la mise en œuvre a été trahie par ceux qui étaient censés la respecter.
« La Constitution de 2006 n’a pas échoué. Ce sont ceux qui devaient l’appliquer qui ont trahi », écrit l’ancien président de l’Assemblée nationale de la transition, rappelant que le texte fonde un État démocratique, respectueux des droits, décentralisé et pacifique. Comme l’affirmait Montesquieu : « Il n’y a point de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. » Cette citation prend un relief particulier : la RDC a vu la confusion des pouvoirs s’imposer là où la Constitution promettait équilibre et contrôle.
Un texte d’or, une pratique de plomb
La Constitution promettait la séparation des pouvoirs, 40 % des recettes aux provinces, la sacralité de la personne humaine et un Premier ministre chef de la politique nationale. Dans la réalité, ces promesses se sont heurtées à la confusion des pouvoirs, à des provinces sous-financées, à la violence et à l’impunité. Le Premier ministre, au lieu de conduire la politique de la nation, est devenu un auxiliaire docile de la présidence.
Pour Kamitatu, le texte n’est pas en cause. « Ce n’est pas la Constitution le problème, c’est l’homme qui a juré de la respecter et qui s’en est affranchi », rappelle-t-il. Comme l’écrivait Alexis de Tocqueville : « La grandeur d’une nation réside dans la solidité de ses institutions. » La signification cachée est limpide : la force morale et politique d’un État ne dépend pas d’un texte mais de la fidélité des acteurs à ses principes.
Résistances et sacrifices
L’histoire récente illustre la fragilité de l’application de la loi fondamentale. En 2015, face à la volonté de Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de deux mandats, Kamitatu et ses collègues du G7 ont dit non, subissant révocations, pressions et menaces. Des citoyens ordinaires, jeunes et sans protection, sont descendus dans les rues pour défendre l’article 220 : certains y ont laissé leur vie, comme Rossy Tshimanga et Thérèse Kapangala.
Cette résistance rappelle la phrase de Martin Luther King Jr. : « La paix véritable n’est pas l’absence de tension, mais la présence de justice. » Le message est double : les jeunes qui ont combattu pacifiquement incarnent l’essence de la démocratie, tandis que la violence ou la trahison des promesses fragilise l’État.
Le paradoxe constitutionnel
La Constitution fixe la conquête du pouvoir par l’élection et la lutte pacifique pour se faire entendre. Pourtant, vingt ans plus tard, l’histoire montre le recours aux armes et aux collaborations avec des rébellions comme un langage opposé à l’esprit du texte. Jean-Jacques Rousseau résume ce dilemme : « Sitôt que quelqu’un dit des affaires de l’État : Que m’importe ? on doit compter que l’État est perdu. »
Le recours à la force contrevient à la légitimité démocratique et expose la nation à des fractures profondes. La signification cachée : la véritable souveraineté et la pérennité de l’État reposent sur le respect des règles et la lutte pacifique, pas sur les armes.
Un contrat inachevé
Vingt ans après, la Loi fondamentale apparaît comme un contrat inachevé, nécessitant fidélité, cohérence et responsabilité. Sa force n’a pas disparu : elle reste le guide moral et politique du pays, exigeant que chaque acteur respecte les règles qu’il a juré de suivre.
Comme le rappelle Kamitatu, la Constitution n’est pas morte : elle attend que la République cesse de trahir ses promesses et que le pays réconcilie vote et armes, parole et pratique, loi et liberté. Saint Augustin l’exprimait ainsi : « Sans justice, les royaumes ne sont que de grandes bandes de brigands. »
Cette lecture révèle que l’esprit de la Constitution dépasse le texte : elle est une boussole morale et civique, un appel à aligner l’action des hommes sur le droit, et non l’inverse. La véritable démocratie congolaise dépend de cette réconciliation entre promesses constitutionnelles et pratiques politiques.
Didier BOFATSHI / Voltefaceinfo7.com